e-(É)crire??? Tu parles!!! (J.I 65,261074)

                







Lorsqu’on n’a rien à dire, rien à écrire, on devrait se taire ou laisser tomber sa plume et réfléchir à une autre façon de s’amuser.

Je n’ai rien à dire, rien à écrire, mais aucune autre manière de m’édulcorer réellement.

Donc voici ce que je n’ai rien à écrire et rien à dire.

Écrire pour ne rien écrire est finalement assez talentueux.

Tenir la distance simplement pour la tenir, sans but aucun, est un exercice à conseiller à tous les mauvais écrivains qui souffrent du manque d’inspiration.

Se laisser faire.

Ne pas se laisser taire.

Ceci est un exercice. Jusqu’à maintenant, toute mon existence a été cet exercice.

C’est amusant de chercher à décrocher la lune au moins une fois par jour. Les journées passent comme se ressemblent les nuits, et la lune reste à sa place.

Je me suis aussi attaqué au soleil, mais il est beaucoup plus dangereux. L’univers est parfait. Tout ce qui est idéal est un danger pour un homme de la pire espèce humaine comme moi.

Je veux bien perdre la face devant la lune, alors je baisse les bras devant la lumière du jour en prétextant un autre monde à vivre entier.

Je suis mort un jour, en un seul mort sceau.

Je considère ma médaille en pierre de lune, plus que probable.

Il paraît que j’ai scellé ma vie comme on enferme une mouche dans un filet de bave lorsqu’on est enfant et qu’on cherche avant tout à s’amuser.

Soit.

Les insectes de l’enfance font parfois naître des machines à écrire dans le dos ailé de leur bourreau.

Voler aux vents des lettres sera mon métier, quitte à dire ce qu’il ne faudrait pas écrire.

Le contraire aussi. Car un vers se ment songe.

Je suis un mauvais écrivain. En effet je ne parviens pas à faire oublier que l’homme n’écrit que pour parler de lui. L’aspect et l’expectorant.

Il espère un jour faire parler de lui. Le mauvais écrivain cache mal sa plume de pigeon qui se prend pour le vol d’un albatros.

Lorsqu’on écrit dans l’unique but de survivre, on finit par se rendre compte que les mots ont avant tout besoin de vivre.

J’écris pour ne rien dire autrement que mes ailes noires dans mon dos zélé.

Combien de fois ne m’a-t-on pas signifié que mes lignes ressemblaient à des croûtes séchées sur des pages blanches et donc idéalement propres ! Je m’insurge à peine, mais je m’inscris en faux. Je trempe chaque jour ma plume dans de l’encre neuve.

Et si l’espoir était une tache d’encre ?

Le respect et la sagesse.

Les forts ont ceci de particulier qu’ils sont dans l’incapacité de se considérer une seule fois, faibles.

Les faibles s’imaginent le plus souvent possible, forts.

Ceci est une phrase balancée au hasard de ce qui s’attrape au vol, lorsqu’il devient visible que notre mécréance plane au-dessus de nous.

Lorsque la bêtise de ta condition étouffe et a tout bu son bol d’air au fond de l’océan, tu reprends du gourou et tente de rejoindre la surface. C’est un instant critique. Tant de poignets douloureux s’agrippent à tes chevilles qui battent vers la liberté.


Se taire.

Ne pas se laisser faire.


Le plus difficile, lorsqu’on sait enfin nager seul, c’est de laisser les autres à leur noyade. C’est la pire et la seule solution. Alors, on leur refile de temps à autre, nos vieux bonnets de bain bouillant, en gardant la tête hors de l’eau et à bonne température.


S’écrire pour ne rien dire. Ils comprendront ton langage un jour.

J’ai vaincu le soleil, alors mon ennui s’est attaqué à la lune. Mais la lune est une hypocrite, et elle m’a caché sa véritable face une fois sur deux.

J’ai alors tendu mon poing vers le ciel, ultime essai, et le grand astre d’abord aveuglant, a fini par me permettre un peu de sa lumière en souriant.


Faire taire la haine.

Prendre sa colère par la main, et au milieu du passage clouté, la laisser en plan.

Le sang de la circulation intime fera le reste, parmi les bras tendus bafouillant leur amour désespéré depuis si longtemps, et sur le trottoir d’en face.

Rejoindre les éclairs invérifiables qui s’impatientent dans les yeux de l’autre.

Relever sa tête honteuse, en rejoignant la berge où s’accueillent tous ceux qui ont su être sauvés de la noyade. Éjaculer sa main fébrile sur la surface de l’océan, où la médiocrité nous morfond en s’agrippant à nos chevilles qui en ont assez des sables d’alone.


Pouce. Faire signe en sortant bientôt sa tête de l’eau morte.


C’est surtout lorsqu’on n'a rien à dire qu’il faut le hurler. Écrire est une forme acceptable du désespoir criant la peur comme l’écho qui s’abat sur un campement de nuit en forêt.

Lève ton pouce vers le ciel, c’est ta seule démarche possible.

Entends bien nos cris vers toi. Ne te laisse pas faire. Nous t’attendons sur la berge de ta nouvelle vérité.


Le respect est la sagesse.

Écrivons-nous pour ne rien dire, mais parlons ensemble pour le reste.







Cribas 15.08.2007





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