Pour ce qu'on en ferait...

       





Il n’y a plus un seul espion dans ce cœur forteresse. Plus que la routine des battements de la léthargie. Rien de plus haut, rien de plus bas. Un rythme qui attend la défaite qu’on peut donner à cette suite non défenestrée.

On ne lui arrache plus un seul lambeau d’amour, et ne traverse dans ses artères, plus que le flux continu, d’un sang vague au bout du voyage d’une aorte ennuyée et amorphe. Finis, les rouleaux, les surfs grisants, les désirs d’envie, les reconstructions forcenées après démâtage, les bavardages à bâbords pendant que les sabotages de tribords.

On a peur de la solitude lorsqu’elle est mer d’un esprit, alors l’abordent les marins d’eau douce, affichant sourire au museau en lui tendant les mêmes hanses poisseuses, d’un seau vaseux où décantent à jamais de bons et salvateurs conseils de vie à la vaseline.

Gelée de pétrole ou crème écran total, voilà donc une cicatrice bien propre, dont plus aucune fadaise ne suppurera.

Cette crasse, on la laisse aux clowns, quand on est des gens sérieux.

Ne pas grimper trop haut dans les aigus, au risque de s’encorder aux tons graves. Ambiance tamisée, tiramisu sans alcool, encéphale plat. Mort loge avant l’heure. Pour vivre heureux vivons matés.

Mais l’art. Troisième ventricule, inconnu des scanners, et que d’aucuns imaginent central.

Infime flambeau de chair sauvé in-extremis parmi les décombres du grand incendie. On souffle dessus nos expirations de liberté, comme pour l’apprivoiser fébrilement, bien au creux de cette main qu’on enfouira dans une poche trouée, avec l’angoisse éternelle de l’émietter.

Revivent alors les foutaises, de l’amour, des passions multiples et des amitiés. Malheur à celui qui montre aisément cette cendre qu’il tient dans sa paume, car il ne sait pas encore que cet acte des plus simple, est magique. Ce petit bout de rien du tout, cette ombre, c’est l’ego. Il se révèle diamant à la lumière des convoitises.

L’art paie d’abord la machine à coudre. Humérus et poche cousue.

Pisseurs de lignes. Peinturlureurs à la plume de mouche. Comédiens de l’Arte. Musiciens grise-mines grisonnant jouant du violon accordé en sociologue majeur.

Non artiste aigri je gribouille dans mon coin. Même au claquement du fouet je n’entre dans l’arène. Ma religion m’interdit de tuer si ce n’est pas pour dévorer. Et je déteste la chair de ces animaux, carnassiers par plaisir, qui se sont inventés une âme.

Il n’y a plus un seul pompier pour cette fournaise. Je ne m’enflamme pas, je suis contaminé par la lave qui m’a irrigué autrefois. J’attends l’orage qui ne vient pas. J’attends le déluge, pas les cascades, ces petits bonheurs pour retraités et crève-la-dalle non charismatiques épris de sensations fortes comme applaudir un pilote en train d’atterrir en terre inconnue à valeur touristique ajoutée.

Découvrir la beauté du monde. L’art rupestre, les pataquès ruraux locaux, ces petites auberges inconnues, dénichées dans le guide du baroudeur, et où l’on joue une musique formidable en sifflant sur des brindilles, l’énième œuvre inédite de Vincent, les dernières fumeries d’opium au bout d’un chemin escarpé aux accents d’illégalités et d’aventures pour jeunes postuniversitaires, crétins customisés de demain. L’art mélangé, de tout et de rien, l’art moderne, la vie moderne vue de l’artisteur. Mon Dieu que l’art est beau ! Mon dieu que c’est grand quand tu n’es plus là pour empêcher la java de tes souris de laboratoire ! Il y a le feu au parquet, il n’y a donc plus qu’à marcher sur l’eau.

Ah l’art !!! Mon dieu quels artistes !!!

Cultivateurs de champs lexicaux obsolètes, déambulateurs chroniques de patronymes, fringants, proprets cradingues, pousse-aux-mjc, artistes, poètes-vos-papiers !

 

Il n’y a plus un seul espoir pour ce con forteresse. Plus que la routine des battements de la léthargie. Rien de plus haut, rien de plus bas. Un rythme qui attend la défaite qu’on peut donner à cette suite non défenestrée.

On ne lui arrache plus un seul lambeau d’amour, et ne traverse dans ses artères, plus que le flux continu, d’un sang vague au bout du voyage d’une aorte ennuyée et amorphe.

 

 

Cribas 27.10.2011

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