B-2 Spirit

    



Je me sens comme le quai d’embarquement oublié par son passager. Je marche dans l’ombre des épaules roulées aux mécaniques bien huilées. Que sont-ce ces mots qu’ils utilisent à foison, comme pour parler au passé, puisque de leur présent aucune présence ne sort ?

Parfois le transport de l’âme, à vouloir s’élever plus haut que sa condition inconnue, oublie qu’une locomotive sans ses wagons arrivera plus vite en gare, mais sans fret.

Je me sens comme un je cherchant son verbe, sa complaisance objectivement directe, le pis de sa tête. J’utilise je, car il ou vous, c’est du pareil au blême. Je, va à l’essentiel.

J’en ai assez de ces mots faussement éthérés. De ces mots sans profondeur censés nous (me) parcourir d’un petit frisson aux vibrations de mijaurée.

Je me sens comme un avionneur débutant à qui on refile de vieilles carlingues froissées qui ne voyageront plus.

Je est là, je le sens, je le sens bien. Mais il ne sort pas de terre. Il est un peu stupide ce jeu, cet amusement de jardins privés. C’est un bien étrange je. Il veut pousser alors qu’il n’a pas de racines. C’est un je qui est déjà là et qui, tout penaud, se demande ce qu’il y fout, tout légume loin de sa mère semencière.

C’est le vent, c’est le vent qui t’a amené ici. Tu as grandi avec tous les synonymes de la légèreté, nourri par la pluie et l’électricité d’un cerf-volant.

Seul à travers champs, seul, figé sur un pas de gare, seul dans une bagnole grisée au bout de la nuit, seul en bonne compagnie. Seulement je, retombe-t-il un jour ? Est-ce acceptable de justifier son égocentrisme par le simple fait d’être tombé sur la terre ferme, déjà légume ?

Se frayer un chemin, en écartant les orties à l’aide d’une batte de baseball n’est pas qu’une vue de l’esprit.

Je me sens comme un billet de train non composté, qui (il voyons), bientôt démasqué, prépare déjà jurons polis et carabistouilles fusil à pompe, afin de s’auto déclarer en flagrant délit de sale gueule. Je me sens comme un mensonge imminent qui va sang mêlé les plumes derrière sa façade transparente. Car je est une figure qui n’en a pas.

L’amour propre disparaît avec la première gorgée de lait maternel, ou reste sur sa faim.

Je, me sent comme un reste avant la fin. Mais il aime le ragoût.

 

 

Destination immédiate

On demande le numéro 1974 de « L’homme moderne » à la porte d’embarcation 37

Pas d’inquiétude

Tous les hublots sont étanches à l’applaudimètre

Ces fissures sont factices, ce sont celles de la sagesse

Bonne figure

On se voit dedans comme une sale gueule

Ceci n’est pas un poème. Revenir à la ligne.

Ceci n’est pas un poème.

Deux fois…poncifs

Ceci n’est pas un poème moderne donc chaque vers non poétique commencera par une lettre majuscule

Rêve de foules

De vivre seul et fort de la foule

Hors des foulées défoulées des forts

Faire un effort heureusement vers la foule

Fouler la folie de la foule en vers qui refoulent

Refouler ses pieds forts au pied du foulard de moult folles

Ramasser le parfum hors d’atteinte, étreindre leurs foules d’attentes

Un billet de train sur un ticket de téléphone

Un voyage organisé au pays des merveilles

Offrir un miroir de poche au lieu de tendre les bras

Vers ces bras qui pleurent de ne se voir dedans

Les mots tombent de la tour

L’amour creuse d’envie à piétiner là-haut

Les mots n’ont pas de parfum

C’est à l’odeur qu’on les fait parler

C’est dans le silence qu’ils accueillent les larmes en signe de bienvenue

Les mots se regardent dans les yeux

Rêve de pupilles de la nation

Sous des porches malheureux où l’on n’a que les mots pour effacer la pisse

L’amour est un bien grand mot si on le lisse à l’infini

« je m’aime » sont trois mots simples comme un bonjour haut et fort à un inconnu dans la rue

Les mots sont des masques de carnaval

Mais aussi des masques à gaz

Un peu de gaze sur des maux de bois

Avec des mots d’amour on ricane à faire tourner les têtes sur son manège

Force centrifuge

Les masques tombent

Les mouches libérées foncent sur les bouches hilares et les dents vrombissent

Vroum vroum les petits chevaux de bois l’enfance rechausse ses fers

L’espace d’un instant les mots de gorge, déployés sans ces satanées vingt-six lettres d’alphabet

Les mots broient le poison, noient les saisons, déboitent l’épaule armée de la lucidité.

 

Fort heureusement, je, ne cicatrise pas.

Je, ne sait pas pour il.

Je regarde le train qui passe

Heureux ruminant qui rit je me vois

Il te voit aussi maintenant

Ne brise pas le miroir, creuse.

 

 

 

 

 

Cribas 31.10.2011

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