Sensation #8 (Une raison en enfer)

         



Où sont les ciseaux aiguisés qu’enfant j’utilisais pour découper le tissu bleu du ciel ?

Ai-je seulement un jour gobé un de ses nuages ?

Etait-ce un escargot ou une araignée lorsque j’ai cru entrevoir la lumière à l’intérieur du ventre des secrets ?

A quoi songent aujourd’hui mes rêves anciens que la lune pleine a mille fois disséqués ?

Où est l’étoile qui ne brille nulle part, et seule, je le sais ?

A peine quelques mots de plus, pour encore en parler.

Et comme on se souvient ! Comme le souvenir est bon d’être loin, quand on joint ses deux mains une nuit durant, une nuit entière à retrouver, les yeux parfois un peu clos, la sensation des orties maladroites qui nous raidissaient immanquablement les mollets.

Et puis on porte des pantalons, tout comme on habille les mots.

La vie ne pique plus, l’ennui fait ses manières, et les nuages ne sont plus que du coton coupe droite.

Je peux encore planter un piquet dans le sol, mais le grappin n’accroche plus rien, et sans filin le funambule n’a plus que ses pieds pour marcher. Et la marche ça me crève un peu le cœur, ça me brûle les poumons ce besoin suffocant de respirer encore.

Que sont devenus tous ces laboratoires flambant neuf faits de coquillages et de cailloux vivants ?

A peine quelques mots de plus pour n’avoir plus que le loisir amorphe et la distraction léthargique d’en parler encore.

Rien ne se perd, tout explose.

 

 

 

Cribas 22.11.2011

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