Maya la belle

               







Fera-t-on, cette année encore, de bonnes affaires ? Une lubie, l’an passé, je me suis offert une ruche à moitié prix sur eBay. Des insectes de papier grouillent au fond de mes poches. Je les sens vifs, excités, sur le point de monter une colonie rampante jusqu’à mon cœur, mon torse nu pris d’assaut par l’argent. De la drogue, de la came, de l’or dans les veines, de l’oubli. Oui de l’oubli.

 

Pourquoi une cravate, grand-mère sait faire un si bon café. Pourquoi pas impair noël, voire les années bissextiles. Ou dire qu’on n’aime rien afin d’éviter de recevoir en triple le dernier album de ce chanteur qui ne chante pas grand-chose. Tiens c’est pour toi, tiens j’ai pensé à toi, tiens dès que je l’ai vu je me suis dis que c’était pour toi. Merci. Oh, c’est trois fois rien tu sais.

 

Ne raconte à personne que tu apprécies les beaux livres, surine les pendant onze mois avec ta passion pour les grandes maisons. Et voilà trois beaux ouvrages sur les plus belles villas de par le monde, en vente sur Chapitre.com. L’occasion d’aimer se livre en euros propriétaires en cette fin de décembre.

 

Il y aura encore des toasts de foie gras, Mathilde. Du saumon. Tu te souviens de celui que tu appelais tonton Gérard il y a vingt-cinq ans ? Ils font tous comme s’ils avaient oublié que ta chair fraîche et tendre a pourri ce jour-la. Réfugiée comme un ver nu avec tout le poids de ton cœur sous la pile de vêtements d’hiver, jetée là sur un lit en forme de dressing malodorant.

Mille parfums de cuir et de peau, mélangés avec la peur adrénaline qui suintait de tes sanglots étouffés coûte que coûte. Qu’on ne t’entende surtout pas. Le sang sur tes cuisses puait l’alcool et la couenne de jambon cru. A croire que tu faisais partie du buffet.

 

Un incident. Charmante enfant qui perdait ses premières  eaux rouges le jour où une vierge avait enfanté.

 

Ils ont ri comme des porcs, et pourtant on venait de t’égorger.

Ils font tous comme s’ils ne savaient pas. Ta mère te place chaque année à dix sièges de ton oncle.

Aveu général. Plus personne ne te demande pourquoi tu n’avales jamais rien.

Pourquoi t’asseoir encore à cette table, chaque année une nuit que viens-tu chercher ?

 

Cette année je clos ton compte eBay. Je ne te laisserai pas revendre cette même souffrance une fois de plus, c’est carrément du viol Mathilde.

 

Je viens te chercher, je n’ai rien prévu, mais quelque part. Je viens t’enlever nous irons quelque part.

Ailleurs qu’à cette table où tu répètes sans cesse ta neuvième année prostrée.

Je t’emmène loin de notre enfance, elle a disparu. Viens, suis-moi.

Quitte cet endroit où nous ne sommes plus.

 

 

Cette année, nous ferons une bonne affaire. Une lubie. Allez viens Maya, ce n’est pas tous les jours noël, ni la fin du monde, viens mon abeille ça ne meurt pas.

 

 

 

Cribas 24.12.2011

 

 

 

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