Sensation #17 (Mâtin!)

                                    









Elle était heureuse, gonflée de matin comme ces jeunes femmes qu’on ne voit plus que rarement, telles des statues gracieuses se laissant habiller d’une rosée fantaisie comme d’un bijou éphémère à jeter après la pluie. Sa mélancolie, qu’elle portait uniquement les jours où ses yeux débordaient de gris, lui donnait le reflet d’une citadine universelle et pourtant si proche de Paris. Il doit y avoir de l’universalisme éclairé le matin, dans la ville grisaille du pays lointain des lumières anciennes. Il est triste et c’est heureux. Le soleil brille de cendres depuis deux mille ans, dans le regard qu’il porte comme un charme, au devant de sa mélancolie à lui, qui lui démarche les talons.

Lorsqu’elle l’apercevait, elle souriait intérieurement de plaisir avant que cela ne se lise sur son visage, face à cette étonnante androgynie.

 

L’imparfait passe sur le présent de ces lignes. L’avenir semble un futur contigu. En étant l’auteur, je me situe difficilement, tout en me pressentant immuablement tout et un. Un partout, le mâle au centre, un peu femme sur les bords du terrain de cette histoire que je connais par cœur, l’âme en plaine. Pleine fuite.

 

Le langage exulte, une fois les préparatifs du trajet du récit listés, alors que les physiques s’apprêtent à laisser place aux psychismes et autres psychologies proches du cliché tout en s’éloignant de ses bordures, vulgaires trottoirs surélevés et donc forcément casse-pieds.

Le chevilles craquent énergiquement, on les entend fortement dans le sein de cette entropie.

Casse-gueule.

 

 

Ce n’est ni un conte, ni une histoire drôle que l’auteur ne vous donnera pas ici. Peut-être légèrement poétique vous dites-vous ? C’est bien à vous d’en décider. Je décline toute responsabilité lorsque je présente dans un contexte, plusieurs personnages selon l’espace temps dont le lecteur dispose.

 

 

Elle et lui. Ils étaient, donc. En vertu de leurs regards croisés qu’il était devenu impossible de franchir ou même, de troubler à travers champs. J’en suis. L’auteure aussi. Y comprenez-vous quelque chose ? Faut-il réellement en dire plus lorsque rien ne saurait expliquer le lien essentiel, ayant donc dans une forte proportion de chance, la propension à se rendre invisible pour celui qui lit des mots.

 

 

Il était heureux, pas vulgairement gonflé de matin. Elle attendait depuis un long moment déjà, l’impatience précise, pour aucune fleur, uniquement sentir dans la sienne sa main à lui, celle de l’autre. Lorsqu’il la percevrait, elle le savait, elle lui ferait l’amour en suivant la ligne de sa main. Elle le suivrait partout s’il le fallait. S’il le voulait.

 

 

Un auteur qui en raconterait plus que ça dénaturerait par plaisir. Il serait à conspuer.

 

 

C’est peut-être une dernière rencontre. Mais une ligne encore c’est autorisé. Qu’on leur laisse puisque cela leur appartient tout entier. Elle est heureuse toute entière. L’histoire aussi. Elle doit vous faire sourire. C’est un homme qui sait la faire rire aussi.

 

 

Ni contre l’un. Ni seulement le conte de l’autre. Je vous l’ai dit. L’auteur raconte mais la rencontre aussi. L’auteure est la sienne et en a fait d’ailleurs sa propre histoire.

 

 

Il ne serait ni juste de raccourcir, ni injuste de rallonger, voire d’enlaidir sous prétexte de remplir des blancs.

 

 

Le présent est casse-gueule. C’est tout ce qui compte.

 

Nous ne dirons rien, nous sommes sûrs. Sur des auteurs.

 

Leur propre conte c’est le vôtre. La réalité, comme à chaque fois, démontre qu’il s’agit en réalité de leurs histoires.

 

Et s’ils décidaient de se la garder ? De se la carrer où vous n’osez, par pudibonderie, à peine penser, sans vous jeter en secret sur un marque-page.

 

 

C’est l’heure. Ils vont se retrouver. Gonflés de matin, de rosée, de poésie. Et d’un peu de réalité. Ne jamais rien oublier des histoires vraies ; on ne les connait que rarement, surtout lorsqu’elles se gardent bien de s’écrire en s’écriant haut et fort.

Prenez cette histoire avec hauteur, et alors vous les verrez.

Ses auteurs.

 

 

J’espère que vous aimerez. Si vous faites partie des plus heureux, vous avez déjà aimé.

C’était casse-gueule, avec un minimum d’imparfait. Deux parfaits, au maximum, cela devient casse-pieds.

 

Mais s’ils aiment ça, se raconter leurs propres histoires pour n’en faire plus qu’une un jour, dans une seule ligne de leurs mains ?

J’espérais que vous sauriez apprécier.

Faites donc, il ne naît jamais trop tard.

 

 

 

 

 

 

 

Cribas 01.02.2013

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