J’ai les dents qui jaunissent et la vie qui trépasse. J’ai le cœur touffu et les idées dans mon vieux fouillis. J’ai l’âge d’un macchabée.
J’ai toujours eu la pensée macabre, mais voici venu le jour de ma fin, et j’en reste bouche bée.
J’ai vécu comme une foire d’empoigne, avec au creux de mes paumes, l’ignorance ouvrière de mon établi.
J’ai vécu. Je meurs et je ne sais toujours rien.
J’ai existé avec un oignon dans le cœur et j’ai passé toute ma vie sous le robinet d’eau froide.
Des douches et des vies dans le siphon. Mais j’ai pleuré en secret, la gueule ouverte appelant mes mies, sphères de droite à gauche.
J’ai vécu pour vivre et ma mort approche en ne sachant rien de plus, comme un sac de patates empli de sable et jeté sur la plage.
La décomposition de l’âme s’apprend au fur et à mesure. À mesures distillées, on s’étrille le corps, et l’on croit à notre âme étrusque.
J’ai les dents de sagesse qui me vomissent, et mes deux doigts qui me rappellent à l’ordre. J’ai un besoin de jeunesse et je meurs, l’existence plombée dans l’ignorance feutrée de mes canalisations éclatées. J’ai explosé mon score en plein gel. J’ai ma conclusion telle une vie sans vraiment de fellations.
J’ai eu le cœur solide et ma folie imprégnée de dérision. Mais je meurs le cœur touffu, et les idées bouillies dans le vase clos d’où suinte mon fouillis.
J’ai l’âge d’un macchabée. Et j’ai ma vie ABC, loin des consonnes finales.
Je fais la quête, je fais la queue dans la file des caisses de retraite. J’achalande mon humour sur le rebord de ma fenêtre. J’ai la gloriole méchante, car on ignore ce que je viens d’exister et de paraître. Je meurs dans ma ville, et y ressurgit ce que je viens de vivre. Le vin est amer. Et mon ère finale repense mes découvertes et mes pieds sans fin, au creux de la mer.
J’ai une bouée crevée qui sillonne au loin, vers mon grand large.
Je n’ai pas aimé plus que cela. J’ai juste essayé d’exister un peu plus que cela. J’ai le scalp ignoble de mon époque, et mon scanner final comme un rebelle apache.
Je vieillis dans mon salon, comme un vieux con, et j’ai mon âme sournoise que je tiens comme mon éternelle chandelle. J’ai des bougies dans mes recoins, brûlant sur les photos du monde et de mes voyages à mon effigie.
J’ai les dents qui jaunissent et la vie qui trépasse. J’ai le cœur touffu et les idées dans mon vieux fouillis. J’ai l’âge d’un macchabée.
Je meurs, seul et mansardé.


Cribas 2006