> A 10 ans, j'ai rencontré Tarik, à 16 ans, j'ai rencontré Irène, à 18 ans j'ai rencontré Nadia, à 26 ans, j'ai rencontré Flora, à 30 ans j'ai rencontré Ariane. Après, j'ai plus rencontré, dans mon intérêt. Ce qui s'est passé ces 10 dernières années, c'était l'escalade, une varappe à haut risque.

> Le baume: Ma copine d'enfance, la vie nous a épargnées.
Elle a eu le bon goût de nous tenir éloignées... du coup c'est grâce à cela que notre amitié a survécu: elle a peu servi. On s'était mutuellement reconnues pré-ados à travers notre souffrance. Tarik m'a demandé 2 fois en 30 ans de la sauver. Puis on n’a jamais reparlé de cette nuit où elle a eu un lavage d'estomac et que, survivante, elle m'a appelée à l'aide au petit matin, ni de la semaine où on a orchestré sa fuite de N.Y, après que son ex l'ait poignardée, sac après sac, coffre après coffre, puis elle, blessée dans une malle. Je l'attendais à Roissy avec son fils. On a pu faire nos choix ,  et s'en parler qu'après-coup.
On n’est pas de la même planète mais la revoir aujourd'hui, c'est sans dépendance, le temps respire lentement, le coeur en « régénérance... »

> Les soins cliniques: A 16 ans, j'ai rencontré Irène, droite et rigide, ça compensait un peu mon esprit romanesque dont elle était jalouse, sa mère infirmière soignait et traitait tout, Irène, c'était la vie sans le hasard, elle m'a détournée un temps de mes questionnements. On n’avait rien en commun que le bac l'année suivante. Elle jalousait violemment mes dons en langues. Moins elle en faisait, plus je montais en colère. Y'a un an, je l'ai rejetée violemment au motif qu'elle n'avait jamais rien eu à me donner. Je me sentais abandonnée et maltraitée. Elle tombait des nues. Vu la violence de l'échange, on a changé de planète.

> Le nursing: A 18 ans, j'ai rencontré une fille qui à force de s'intéresser à moi a forcé mon intérêt. Nadia m'a eue à coups de gentillesse, de soutien indéfectible pendant 22 ans. Le cocon, la vapeur chaude du hammam. Plus elle en faisait, moins ça suffisait, elle n'a jamais eu droit à l'erreur.
Y'a deux ans, je l'ai violemment insultée devant sa fille, au motif qu'elle n'avait jamais rien vu de ce qui se passait chez moi et qu'elle m'avait abandonnée. J'étais son inadaptée, mais elle m'enviait quand même. Vu la violence des séquelles, on a changé de planète.

> La trahison: A 26 ans, j'ai travaillé avec Flora, elle ne m'a pas respectée, je l'ai trahie comme une évidence et je me suis violemment fâchée avec elle, au motif que je n'étais rien pour elle. Elle était jalouse de l'ombre que j'aurais pu lui faire. Vu la violence du procès d'intention, on a changé de planète.

> La négligence: A 30 ans, j'ai rencontré Ariane, je lui ai appris son métier, mais elle jalousait ma vie et elle s'est détournée de moi, je me suis fâchée et je l'ai insultée. Vu sa tête, on a changé de planète. Elle a fait une formation de coach et est revenue cette année me sonder en vain.
Partir c'est partir fâchée. Y'a pas d'autres départs possibles.

> Le face à face: Je leur avais secrètement confié un rôle dans lequel ces mères allaient toutes démériter. De glissements en glissements sans fondements, j'ai compris que c'était mon fond qui glissait. Aujourd'hui, c'est ni moins bien ni mieux sans elles, c'est comme les cigarettes: j'y pense en sachant qu'y revenir n'est pas une option. Je me cherche une autre place...


Rezzonicca 2006



À deux ans et demi, j’ai rencontré la tromperie qui se joue au cœur des âmes.
Ensuite, je n’ai plus rien cherché que mon exceptionnel, dans le cœur des femmes.
À trente ans, fatigué de chercher en l’autre mon rêve, j’ai accepté le mien.
Il fallait vivre maintenant, sans ne plus jamais rechercher les siens.
Notre monde à vivre s’invente, si ses bases n’ont pu être porteuses
Sinon les murs s’écroulent, et l’âme s’effrite, en sa construction poreuse.
Mais comme la négligence fut mon sacerdoce
De l’enfance jusqu’au jour où j’ai mis du gras dans mon sac d’os
Mes séquelles sans plâtre et sans blessures physiques
M’ont conduit à défendre toutes mes notes et mon art poétique
Faudrait-il s’interdire les drogues et les alcools ?
Je passe sur la question, afin de ne défendre que ma grande gueule !
Le monde et sa musique ne seront jamais à moi
Mais il sera effronté que je devienne un autre à la place de moi
J’ai bien des défaites à mon actif paresseux
Mais j’ai tourné la barre, avant tous les récifs, de peu.
Des coquillages en surface, jusqu’à mes ailes sans air
Je dirai ce que j’ai vu, même sans dépasser le désert.
Il n’est pas de leçons à recevoir
Si on ne les comprend pas
Mais il est malsain de ne pas se voir
Et de se noyer comme un appât
La solitude n’est pas un monde à part
Mais la solitude est un monde à part
La vie n’est pas en fin de recevoir
C’est tout le monde qui est à revoir
Et on cherchera dans tous les regards
Ce qu’on ne comprend pas.
Les juges s’offusquent sans cesse
De se retrouver derrière les barreaux
Puisque devant ils s’y dressent
Par habitude, avec leurs oripeaux
J’ai gardé les traces de celui que je dois être
À trente ans, je n’ai toujours plus besoin de paraître.
Souvent, il n’est pas de leçons à recevoir
Puisqu’on les comprend
Et même si la colère nous dément
Les véritables déments n’ont pas de regard.
À deux ans et demi, j’ai rencontré la tromperie qui se joue au cœur des âmes.
Ensuite, je n’ai plus rien cherché que mon exceptionnel, dans le cœur des femmes.
À trente et un ans, je rencontre encore la tromperie qui se joue, en choeur d’ânes
Alors, je ne cherche plus rien que mon exceptionnel, dans le cœur des femmes !
Je me cherche ma place, une autre place.


Cribas 2006