Je ne suis pas un poète, à proprement parler. Je suis un type qui se parle à lui-même, en public. Il faut bien parler à quelqu’un, même quand on a signé un pacte avec la solitude.

On peut revenir de l’enfer. Mais on ne revient pas sur une signature.

Parfois, on est en enfer à cause de sa vie difficile, mais ça ira, ça ira.

D’autres fois, on se brûle chaque jour parce qu’on n’a pas les bonnes lunettes pour contrer le soleil, pas la bonne mutuelle.

L’amour s’achète, tout s’achète même l’amour.

Le trouble profond de la solitude, c’est gratuit. L’homme est un loup pour l’amour. L’amour est une louve pour la mort.

La solitude.

Les cimetières sont des dortoirs, des terriers de loups.

Vivant on s’y voit déjà y dormir, mais quand même, il y manque le confort, les coussins.

Alors on reste en vie, en attendant de faire une vraie nuit, pour en revenir.

Revenir. On ne revient pas de la mort. Les revenants sont des fantômes qui nous pourchassent en nous suivant de plus en plus près. Les revenants nous attachent à des boulets souvenirs, en les menottant à nos pieds.

Il faut réfléchir ? Je ne sais pas, je crois surtout qu’on s’entête.

On a du mal à se suivre parfois. Parfois on n’a que notre propre suite dans les idées.

Putain de merde, faudrait voir à gagner un peu de temps en temps, y en marre de ne pas savoir sourire alors que dehors c’est la fête. Il y en a marre de toutes ces défaites. Vive la victoire possible, merde !

Ça ira tu vas voir, ça ira on va fer aller malgré notre Lucie descendance, on va fer aller, même avec nos articulations de métal, on va se poser le genou à terre. Ça ira, tu verras.

J’ai mal aux yeux. De plus en plus j’ai mal aux larmes. J’ai le regard de ma tristesse sur les joues. Je dois faire avec, je m’incline.

J’ai une femme au bord des lèvres, et c’est le mieux pour moi, j’aime tant en discuter.

Je glane pour mon cœur, toutes ces voix qui me donnent enfin ma liberté. Je suis à l’écoute du monde que je me suis créé, enfin.

Tu t’es créé un monde ?? Ben oui, je m’y suis obligé, avant moi ici, il n’y avait rien pour moi.

À deux mètres, je conçois que ma taille me grandit, comme un tour du monde.

J’aime les femmes, elles me rassurent c’est vrai, et j’aime m’entasser comme pour me morfondre en secret, la tête dans leurs alentours de poitrine.

Et comme je ne suis qu’un homme, j’aime les beaux culs aussi.

On vit en être humain ici, alors on rebondit comme on peut.

Je suis heureux qu’elles me fassent exister, j’allais en crever de devoir être un fan de sport et de jeux vidéos traitant de la guerre à chaque instant.

J’aime bien me mater la coupe du monde des footeux. J’aime bien les jeux vidéos aussi, mais l’avis d’une femme, ça reste ma tasse de thé préférée. J’ai bon goût.

Avec ma femme on regardera la finale dans notre piaule commune. Elle aimera m’entendre gueuler parce que l’arbitre est un vendu. J’aimerai la voir sourire parce que je suis un peu con lorsque je m’enflamme.

Ceci est un rêve. J’ai un briquet sur la tempe.

Je me suis déjà tiré un millier de balles dans la tête. Bien entendu je sais aussi que la véritable première balle sera la dernière. Les premiers seront les derniers ?

Mais où veut il en venir ? Ce que je veux dire c’est ce que je viens de dire.

Ici, mon cœur écrit, j’ai l’âme qui se débat la charade.

J’ai trente deux balais, je ne fais plus mon ménage d’intérieur, je suis déjà trop fatigué par l’extérieur.

Il faut réfléchir ? Je ne sais pas, je crois surtout qu’on va sans tête.

J’ai le regard haut, mais quand même, j’ai le regard bas pour attitude, mes yeux sur le sol.

La solitude.

Je m’en veux. Je ne me suis toujours pas décidé à vivre. Alors je me trouve une belle excuse. Je m’excuse, je suis Cribas.

Je ne suis pas un poète, à proprement parler. Je suis un type qui se parle à lui-même, en public. Il faut bien parler à quelqu’un, même quand on a signé un pacte avec la solitude.

On peut revenir de l’enfer. Mais on ne revient pas sur une signature.

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Cribas 2006