Sans vraiment prendre de hauteur, je plane au dessus du décor. Rares sont ceux qui lèvent ici, leurs yeux au ciel. Ancrés. Le nez en l’air est frayeur, lorsqu’on apprend d’abord la vie à coup de craies. Les ailes plongées dans la mare n’ont jamais permis à quiconque, d’apprendre à voler. La vie, la poésie et ses envolées. Les nuages se décolorent à coup de fouet dans le vide, s’il le faut, et la grisaille devient le symbole des nouveaux rêves, l’aigri raille d’abord le monétaire.


L’admonesté, le peinturluré, l’évité, les gris raillent en premier principe, celui qui a raté chaque train. La vie est figée, et le goût prononcé de liberté lui est dégoût, une sombre idée classée sans suite, ainsi mon image est d’airain.

La navette de ma nature m’a bazardé ici, et j’ai depuis, dans les yeux, mon vaisseau rouge et ma sangle antédiluvienne.



Sans vraiment me fendre de hauteur, ma cinglante vérité m’observe un peu plus chaque jour de travers, et fournit à mon sang d’encre les globules de mon passé de ferrailleur.

Je suis l’aimant des immondices de notre temps.

Je suis l’amant d’un monde évincé depuis longtemps.

Les halles plongées dans l’envie m’écartent du moindre désir. Expressionniste. J’ai l’impression de brûler sur le bûcher des caricatures. Je suis le sioniste de mon âme humaine. Qu’elle retourne à sa patrie, l’envers.

Je bois mon vin de damné en perçant le cul de ma bouteille. Des bouchonnés, c’est pour moi une bien triste panade. Je hais les fêtes, les veaux, les vachettes et leurs manades.

Mes vaisseaux blindés ressemblent maintenant aux vassaux enduits de fléchettes empoisonnées et bien crades.

Je n’ai jamais su me battre pour un fief, alors j’ai l’art d’être un peu bref.



Sans vraiment prendre de hauteur, je flâne en dehors de moi, âme dahu esprit dessous.

J’ai tant rêvé d’un monde d’entiers et de sans culottes.

Je me pique le cœur de force, car je le cherche et je m’y frotte.

C’est entendu, je l’attendais, je suis en lambeaux. Je me suis dans les limbes imaginaires de mon caveau.

Je rêvais de gloriole, ma gloire approche mais je n’ai même plus une fiole en poche.

Je me suis damné, par trop plein d’humanité.

J’ai rêvé de mes rames en vogue, et je ne suis plus qu’un bout de papier où résonne fièrement ma triste galère.

J’ai usé mon ennui sur le remous de mes vagues légères, elles m’emmènent maintenant dans le sombre de mes abysses, me triturant une dernière fois loin de la plage.

J’ai suçoté mes avis, ils rient de moi, s’alliant à mon ironie et me refusant la rouille et les barreaux cassants où la douleur s’effrite. Je bois, prostré au fond de ma cage.



Sans vraiment pendre à ma hauteur, je glane et je me déborde, aux abois.

Moi, et l’autre en photo ? Ex æquo !

Ma fertilité se devait d’être aqueuse et prolifique.

J’ai surtout vu mes guerres narquoises, emblématiques et rachitiques.

Je ne laisserai aucune trace ici, si ce n’est celle de mon ennui qui tomba à pique sur les tissus couvrant mon cœur sans trèfle à ses carreaux.

La navette de ma nature m’a bazardé ici, et j’ai depuis, dans les yeux, mon vaisseau rouge et ma sangle antédiluvienne.


Depuis que j’ai le cœur qui bat, j’ai mon âme qui fait des siennes.





Cribas
2006