Un jour, un jeune tigre s’approcha, amusé,

De la cage dorée d’un vieux perroquet.

C’était une cage en or, barrée de pierres précieuses.

Ce dernier, fier et hautain, l’observa de biais

Et lui dit : « Ma sagesse t’importe-t-elle ?

Le jeune tigre, plus curieux qu’intéressé,

Se décida à jouer de la crécelle

Au vieil oiseau que la bêtise avait isolé.

« Je suis si jeune et perdu, je cherche un maître ! »

Affirma-t-il en baissant une pauvre tête.

Le vieux perroquet qui n’intéressait personne

Sentit sur son ego pousser des ailes :

« Mon grand savoir il est possible que je te le donne

Si tu me prouves que tu sais te servir d’une pelle ! »

« Comment une si basse besogne pourrait-elle

M’apporter la grandeur de ton âme, tu déconnes ? »

« Tais-toi et creuse, c’est bon pour la suite de cette fable ! »

Le jeune tigre creusa, et creusa, et creusa…

Soudain, le vieux perroquet l’arrêta :

« C’est assez ! Maintenant contemple ton effort !

Crois-tu qu’en creusant au hasard on puisse trouver un trésor ? »

Le jeune tigre aussitôt se lécha les babines

Comme lorsqu’on boit du petit lait.

Il passa derrière la cage du volatile, impétueux,

Et d’un coup de patte la fit basculer

Dans le trou fraîchement creusé par ses soins.

« Je ne peux point te répondre avec affirmation,

Je vais donc enterrer ici, ton domicile luxueux

Et je reviendrai dans un an constater ta sagesse enseignée ! »

Le vieux perroquet hurlait, et hurlait, et hurlait.

Le vieux perroquet étouffé, le jeune tigre

S’en alla vers d’autres fables bigarrées.





Cribas 01.05.2007