Quarantaine
Par Cribas le samedi 5 juillet 2008, 18:18 - Cribas 2008 - Lien permanent
Annoncer son propre suicide plus de dix minutes avant d’y être confondu est une
erreur vitale. Annoncer son suicide c’est dire, qu’à la vie on est encore trop
pendu. Il faut vraiment s’en aller tout seul pour être certain de n’emmener
personne dans sa suite cadavérique. Propre et solitaire.
Parler de sa mort ce n’est pas demander pardon, c’est exiger de l’aide.
Il est stupide de hurler « à l’aide » lorsque le désir de s’observer mourir est devenu la fin d’un raisonnement.
Lorsque j’apprends la grande nouvelle d’un suicide, je me demande toujours, avant de m’interroger sur le moyen utilisé, si le con cerné s’est exterminé proprement. En dehors du sang qui risque de noircir sa couverture charnelle, il est utile de laisser son lieu de mort dans un état de clarté accidentelle.
Toujours mourir au hasard si possible, dans un souci d’apparence. La plus belle image que puisse laisser à l’humanité un homme qui se donne la mort, c’est le souvenir que ce fut un accident de folie ou de déprime. Mourir de ses circonstances raisonnées est inacceptable pour ceux qui apprennent à survivre.
Il y a bien pire que le courage de rester en vie, il y a le manque de courage en forme de corde devant l’épée de Damoclès.
Je vais comme une ruine
Tremblante.
Prenantes les comptines
Sanglantes.
Elles ne suffisent pas
L’enfance
Et les reines je ne sais pas
M’épanchent.
Je vais
Comme on s’approche de moi.
Des faits
Comme cloches à deux fois.
Les merles et les clochardes
Ça fait des croche-pieds
Aux rimes qui se lézardent
En métastases sur barde
Annoncer son propre suicide plus de dix minutes avant d’y être confondu est une erreur vitale.
Mourir annoncé ce n’est pas vivable, mais c’est Boris Vian.
Cribas 05.07.2008


Commentaires
Encore un oxymoron dans son ensemble , ce texte !! Un hymne à la mort à la vie !...
Le "lieu de mort dans un état de clarté accidentelle" : je n'avais jamais abordé la question sous cet angle ! ... je garde en surimpression ton respect de l'autre dans sa volonté de vivre (ou non) .
Ce texte m'a inspiré, modestement bien sûr...
Inspiré de me pendre à la vie. La vie toute simple, toute bête. Puisque la mort, de toute façon, viendra toujours assez tôt...
Fort bien vu en effet.
Le savoir-mourir, ce serait de faire preuve de savoir-vivre dans sa mort, surtout si on la choisit. Une ultime politesse à l'égard des sur-vivants. Mais quand se tuer est la conséquence d'une haine de soi devenue insoutenable, cette haine déborde un peu sur les autres, la mort "punissant" l'entourage du suicidé.
"Magie noire", auraient dit les anciens.
Arianil, est-ce que c'est le suicidé (même par haine de soi) qui punit son enrourage ou bien est-ce la perception de l'entourage qui a à faire avec des échos en lui, le faisant souffrir de la liberté du suicidé?
Au fond ce qui gêne quand quelqu'un meurt ou se tue (qui est le contraire de se taire) n'est-ce pas que cela nous renvoie à notre impuissance?
Je pense, comme Spinoza que l'on ne se suicide pas, on est suicidé. En attendant cette éventualité je suis en phase avec Arianil.
J'ai entendu un jour, que dans certaines sociétés indiennes (les sioux je crois, mais c'est à vérifier) lorsqu'un vieillard n'était plus utile au groupe on lui proposait l'exil ou le Tomahawk. Presque à chaque fois il choisissait de mourir.
Cioran, pour un autre exemple, pensait lui, que si le suicide était en vente libre dans les pharmacies, il trouverait un grand nombre de clients décomplexés.
(Pour rester honnête intellectuellement je pense, Cioran a aussi écrit que s'il préconisait le suicide dans ses écrits, lorsqu'il se retrouvait en face d'un suicidaire dans sa propre vie il tentait de l'en dissuader.)
Le mieux, comme toujours, c'est le refus des généralités.
Sinon, Ariaga, peux-tu m'expliquer succinctement ce qu'a voulu dire Spinoza?
Merci d'avance.