Annoncer son propre suicide plus de dix minutes avant d’y être confondu est une erreur vitale. Annoncer son suicide c’est dire, qu’à la vie on est encore trop pendu. Il faut vraiment s’en aller tout seul pour être certain de n’emmener personne dans sa suite cadavérique. Propre et solitaire.

Parler de sa mort ce n’est pas demander pardon, c’est exiger de l’aide.

Il est stupide de hurler « à l’aide » lorsque le désir de s’observer mourir est devenu la fin d’un raisonnement.

Lorsque j’apprends la grande nouvelle d’un suicide, je me demande toujours, avant de m’interroger sur le moyen utilisé, si le con cerné s’est exterminé proprement. En dehors du sang qui risque de noircir sa couverture charnelle, il est utile de laisser son lieu de mort dans un état de clarté accidentelle.

Toujours mourir au hasard si possible, dans un souci d’apparence. La plus belle image que puisse laisser à l’humanité un homme qui se donne la mort, c’est le souvenir que ce fut un accident de folie ou de déprime. Mourir de ses circonstances raisonnées est inacceptable pour ceux qui apprennent à survivre.

Il y a bien pire que le courage de rester en vie, il y a le manque de courage en forme de corde devant l’épée de Damoclès.

 

Je vais comme une ruine

Tremblante.

Prenantes les comptines

Sanglantes.

 

Elles ne suffisent pas

L’enfance

Et les reines je ne sais pas

M’épanchent.

 

Je vais

Comme on s’approche de moi.

Des faits

Comme cloches à deux fois.

 

Les merles et les clochardes

Ça fait des croche-pieds

Aux rimes qui se lézardent

En métastases sur barde

 

 

Annoncer son propre suicide plus de dix minutes avant d’y être confondu est une erreur vitale.

Mourir annoncé ce n’est pas vivable, mais c’est Boris Vian.

 

 

 

Cribas 05.07.2008