J’écris pour fuir la grandeur de ma modestie. J’écris afin de me débarrasser de mes mauvaises blagues. Je suis un homme véritablement drôle, humaniste et intelligemment sans ambition.

J’ai toujours été le plus grand des hommes, jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. En contrepartie, je n’ai jamais imaginé une seule seconde que notre terre abritait réellement de grands hommes.

Comme tous les imbéciles plus ou moins penseurs, j’ai cherché mille questions dont j’avais les réponses depuis toujours. Simplement pour le plaisir de me sentir intelligent, découvreur, et surtout, pour m’en foutre plein la vue.

10_Ça a fonctionné et ce n’est pas étrange du tout. On ne me la fait pas à moi, mais par contre je me la fais de plus en plus souvent, et avec plaisir. Je suis le seul menteur que je crois.

Je n’irai pas jusqu’à me convaincre que je suis capable d’écrire « L’archipel du Goulag ».

Soljenitsyne est mort aujourd’hui. Encore un écrivain mémorable que je n’ai pas lu. Tant pis, peut-être dans une autre vie, liberté à l’appui.

Les livres meurent avec leurs auteurs. Les bibliothèques sont leurs cimetières éternels.

On ne rouvre que très rarement un cercueil.

Ouvrez la parenthèse à la ligne dix et refermez là ici).

 

J’écris comme on fuit sa part d’ombre la plus exposée au soleil. Je suis incapable de résister longtemps à la malformation cérébrale de ma pensée, qui est de dire, et d’écrire, que j’écris.

Ça frise le ridicule.

Je suis un grand homme en cachette. J’écris donc je suis. Je suis (dans la merde) et donc j’écris.

Je trouve ça vraiment lourd, le marc de café fort.

Si seulement j’étais en poudre. Je pourrais alors connaître la légèreté du vent s’infiltrant entre mes vers moulus.

J’écris comme on rince de l’eau. Je fais tout ce qu’il faut afin de rendre mon inutilité létale de la plus grande importance vitale.

Comme tous les imbéciles plus ou moins narcissique, Je.

 

 

Je vais dans la brume

Comme en poésie c’est beau

Et Je me mène en bateau

Avec plume pour rames.

J’observe la vie, les gens heureux,

Et les malheureux que je ne regarde pas.

J’ai du temps à perdre

Car devenir un homme sera long

Avec défaites en prévision.

Sans provision de fêtes,

J’écris pour m’amuser

Parce que le jeu de la vie

Ne me plisse pas les yeux

Ne m’amuse pas. Plus qu’ici,

J’écris pour apprendre à mentir.

Je vais dans la lune

Un peu tous les jours.

Dans la nuitée jour

La poésie pour écume.

 

 

J’écris comme on tend volontiers sa part d’ombre au soleil. Sans mégarde.

 

 

 

Cribas 04.08.2008