L’écœurement du dégoût de tout se profile à l’horizon, car le lointain est déjà pour demain empli de sa crasse.

On ne peut pas, pendant vingt ans, vivre comme on dégueule sans prendre le risque de se noyer un jour dans l’étouffement de soi.

Il n’est pas bon d’écrire chaque jour sa malformation sensorielle génétiquement non modifiable.

Voici le temps qui passe, et ses regrets les vautours.

Et les regrets, ces vautours qu’on avait oubliés pour un vol sans but mais dans n’importe quelle direction.

Je regrette d’être passé par là. Je guette chacun des instants de ma solitude comme s’ils écrivaient une page de non histoire servant à ne confondre que moi.

Je regrette souvent d’être en vie, pourquoi le dire autrement.

La vérité c’est qu’un papillon, même en train de danser sa crampe dégourdie d’un seul jour au milieu d’un champ maritime pétrolifère ça ne m’amuse pas, et cela même s’il se met à défier un hélicoptère en aveugle.

Les roses en conserves ça me fout la gerbe, parce que l’ère de la conserve on s’en souviendra bientôt comme d'une époque qui, elle, au moins avait du goût.

Le goût de l’écœurement se profile dans l’horizon lointain qui s’approche depuis vingt ans de ma petite personne exceptionnelle.

Les regrets ne meurent pas. Même bouffis par la haine et rongés par des nuits ensanglantées dans la transparence des alcools, non, les regrets ne s’en vont jamais.

Ils s’en vont les regrets, lorsqu’on en n’a pas. Je n’ai aucun regret. Aucun regret à faire disparaître. Moi je regrette seulement ma force d’exécuter l’avenir. Je n’aurai plus de regrets à l’avenir, j’en ai déjà bien assez à porter comme des souvenirs au nombril.

Je me souviens du temps passé. Je ne me souviendrai plus du temps qui passe.

Mes amis m’envieront, tenteront de me ravir mes regrets. Je ne raviverai rien, et je n’aurai plus jamais un seul nouveau regret.

Je ne dirai rien, c’est ce que je dirai.

Les dîners d’extravagants nocturnes où l’on ne parle que pour ne rien dire du monde à refaire et qui tourne en rond, je n’y dirai plus un mot.

Car les regrets ne meurent pas, même bien accompagnés par leurs silhouettes de sang.

Je n’ai jamais su pactisé.

 

 

 

 

Je me demandais bien

Pourquoi tous ces héros

Avaient toujours vingt ans,

Comme on pointe un zéro

Les yeux dans les poches.

Et que la vie, en plus des biens,

Loin d’être la plus moche,

Ne leur reprochait jamais rien

De plus qu’une sacoche.

Toujours plus de questions vides,

D’essence et de permis de vivre

Qui allaient bientôt me conduire

A ne plus attendre qu’une seule ride :

La dernière pour faire par cœur.

 

 

 

 

Alors je vais, dans la construction la plus analyse de mon propre échec, en me jouant un peu de mensonge sucré à moi aussi.

J’ai redéfini la médiocrité de l’existence par un long et inutile exercice de la poésie.

Je me suis joué des lents songes sacrés. J’ai réinventé tout ce qui existait avant l’avènement de mon unique et banale folie. Je suis devenu un requin à chasser mon roquet. J’ai roué de coups mes dents les plus longues, jusqu’à en obtenir un mal de chien en compresses apposées sur mes tempes en trompe l’œil. Deux lynx sauvages exigent pourtant maintenant mon retour à la captivité.

Mon regard propre ignore que lui-même, je l’ai floué.

J’ai toujours été au-dessus des vautours, c’est ma force et mon lentement regret.

 

 

 

 

 

Pas le temps de m’offrir

Ni le temps de moufter

Plus le temps de morfler

Je vis ma vie à souffrir

 

Je n’exige plus rien

Qu’un dernier grenier de paix

Qu’une colombe sur la fin

Dérangera chaque été.

 

Pigeon par obtention

De mon diplôme inhumain

Je débague mon destin

Survivant de l’inaction.

 

 

 

Incommodé par l’odeur sans gloire des regrets, je conduis mon âme au mensonge bien rai (ionisant) dans une grêle bien fête.

 

 

 

 

Cribas 10.08.2008