On ne rattrape pas son envie lassée de vivre une vie d’artiste. C’est toujours trop tard, et pour cette raison on s’y accroche.

On ne récupère pas le temps perdu à lire des livres, à apprendre les règles de la bande dessinée, à repeindre des copies.

Les vrais artistes n’ont aucun talent. Mais les artistes qu’on reconnait, eux, en ont toujours.

Les vrais artistes, qu’on les reconnaisse ou qu’on les délaisse, ont vraiment du talent.

J’ai été un artiste. Tu as été une piste. Tu es une artiste, je ne suis plus qu’un compromis.

Les artistes, les nobles s’entendent, ont pour mission de définir l’art. Les grandes écoles et les petites mouvances à la mode sont là pour ça.

Moi, en vérité, l’art je m’en moque comme d’un bobo épanoui qui, tout ébahi dans l’usage habituel de son hypocrisie cherchant à faire preuve de sa naïveté naïve devant les autres avec ses grands yeux dans le vague des ritournelles, fait du pleutre, de la jacasserie et de la médiocrité éloquente.

Comme si…

Enfin tu m’as compris.

Et si jamais ce n’est pas le cas, lis moi jusqu’au bout :

 

Accoudé aux platanes

A la vitre électrique

J’avais dix ans à peine

Et je rayais mon ombre

Avec les lignes continues

Des pointillés vus du ciel.

Lorsqu’il faisait soleil du bon côté.

 

Ebahi par ma flamme,

En silence, ça ne se disait pas

Je n’étais qu’un enfant

Sans valeur et ses douleurs compromises.

Déjà.

On allait souvent en Andorre,

Sinueux et au rythme

Des montagnes d’argent.

 

Effronté de naissance,

Mon front large

Comme une intelligence tête à claques,

Inspirait.

J’expirais par la fenêtre

Mes pas de pots avec échappements,

Comme on intrigue ses gaz dans sa jeunesse.

 

J’ai fait péter mon enfance

Plus haut que les feuilles mortes,

Et maintenant on me demande

Comment je gouverne

Comment je compte mes bornes

Comment dans les arbres

La lune est à mes ordres.

 

J’ai décidé d’être vivant

Un peu

Un jour d’été et de frayeurs

Je m’étais endormi

De si peu

Je fus réveillé par le talus.

C’était ma vie, le vide.

 

Depuis je crois que je vis

Et c’est un bienfait.

Par delà ma conscience

En deçà du réel

Au dessus des méfiances

Je m’agrippe comme un singe.

Lorsque j’écris

Je suis d’obédience féminine.

 

Tout ceci est un mensonge,

L’ introduction de mon histoire.

La vérité c’est que souvent je songe

A celle qui tous les soirs

Manquera à mes jours.

Que je regarde ailleurs

Mon ombre ou son imagination

Je reste un saule

Qui pleure amour à sa maman.

 

 

 

 

Cribas 31.10.2008