Résidus d'un sauvage appliqué
Par Cribas le mercredi 31 décembre 2008, 05:47 - Cribas 2008 (Suite et fin) - Lien permanent
Ma fièvre créative, on appelle ça comme ça et je trouve ça beau. Donc ma fièvre
créative, c’est fini. On m’avait prévenu. Il faut dire qu’à l’époque je ne
trouvais pas ça très prévenant.
Donc je meurs bientôt et en plus, c’était prévu ?
Pourquoi pas ? Dans les cours de récréations, déjà, je créais beaucoup. Sans vérifications possibles à l’époque. Je ne sais plus. D’ailleurs j’ai surtout tout oublié. Et pourtant, vivre, ensuite, ce n’est pas si simple. Pas aussi exagéré qu’un bon roman, non, vivre c’est plutôt un poème triste qui n’en finit jamais de se débattre au milieu d’un stade de fous investi par des lombrics.
Exigeante versification que l’histoire de l’âme pivotante du prolétaire en pleine guerre de conquêtes.
Si jamais je ne finis pas en être heureux, on dira de moi que j’ai été incapable de me débattre avec tact, parfois. Car souvent on ne dira rien du tout.
C’est un peu systématique, ma façon de me foutre de tout, voire plus.
La fièvre créative, pourtant, a rencontré avant moi ses mièvres limites.
Mon besoin de création s’imbrique aujourd’hui dans la relation fictive que j’ai fomentée au monde. Et alors ? Même si j’avais été prévenu, moi j’ai des godasses solides.
Récréations. En dehors des cours il y a des gens qui exterminent mon pauvre courage.
Pardon, je ne parle que de moi alors que je n’ai jamais été le seul.
Je ne suis qu’un enfant lorsque ça m’arrange. Le reste du temps, j’observe la douleur. Et que vous me croyiez ou non, ça me fait rire. Impliqué et sordide, pourquoi pas ?
Ce qui est intéressant dans l’art de la littérature des imbéciles dont je fais partie, c’est qu’il reste sournois d’avoir le moindre talent. C’est exigeant, mais c’est bien dit. Et surtout, ça m’arrange.
C’est dommage quand même d’en rester là. Je n’y reste pas, je suis déjà passé par là, mais je ne savais pas comment on pouvait le dire.
Pas net.
Si justement.
Dans l’intimité de la conclusion humaine j’ai tenté de me dépasser. Ce n’était pas seulement peines perdues. J’ai encore de la peine, mais je me trouve plutôt humain. C’est humain.
C’est con aussi, mais ça ce n’est plus très grave à présent. Je veux dire le cadeau d’être un homme.
Je ne sais pas pourquoi. Je ne me crois pas, et pourtant ce que j’écris je sens que c’est puissant.
Paumé ?
Complètement, je me mange dans la main le plus souvent possible.
Ma fièvre créative se meurt. J’ai besoin de plus.
C’est quand je veux, ça y est c’est moi qui décide. J’en ai un peu honte, mais ce n’est pas de ma faute. Je n’avais pas prévu d’être encore en vie ce jour-là.
Je sens que je vais bien me marrer le jour où mon ego me fera du bien, m’aura enfin dépassé.
Savez-vous ce que c’est, vous, de refuser par principe le principe puéril de la narration ?
Moi je sais.
Mais comme c’est très complexe et que je n’y comprends rien je préfère vous l’expliquer dans la mesure du vide. Autant dire que je ne me saisis pas automatiquement.
Encore heureux ?
Je vous le demande, et en même temps je m’en fous.
Ma fièvre créative me fait du bien, au point qu’elle tente de me tuer. Je suis plus fort que ma folie. Ma folie c’est du cinéma. C’était de l’auto-dérision, je crois, dans le monde pisté des start-angel en block. Je suis bien pire que mon éveil. J’étais déjà un autre avant de m’en procurer.
Je ne devrais pas le dire, mais comme j’ai décidé d’être seul depuis toujours, ceci est un texte de compatibilité acceptable.
Incompatible est un mot reluisant, mais gênant.
Gêner est un verbe plutôt reluisant, ou je n’y confonds rien.
Attendez ! Ne me quittez pas tout de suite, je vais dire des trucs vraiment dingues !
Plus constructive que construite, ma personnalité sauvage est l’expression moderne d’un véritable besoin de partages. Eaux plurielles. On en a des choses à se dire, à s’éprendre. Et franchement, ce serait bien.
Les adjectifs de circonstances ne sont que phobies de la littérature. On peut dire les choses avec entrain, bagout, humeur entraînante, jovialisme partisan, avec seulement quelques mots simples, voire simplifiés, pour les puristes.
L’amour des mots, c’est de la connerie. Je suis bien placé pour un fortin.
Enfin je meurs, depuis chaque jour. Et c’est parce que j’ai cherché ailleurs. Le langage sournois, certes, est très poétique.
Ma fièvre récréative, n’a rien de véritablement créatif. Fondamentalement parlant.
Demain les stèles, les fèves en fleurs, les amours en pleurs, les conditions de se mettre en jambes sexistes, demain surtout je n’aurai même plus la force de verser une seule larme sur mon dégoût prononcé d’être un homme. Un seul homme.
Créer le vide. Je devrais plutôt me mettre à mourir en exploitant la certitude impossible que je suis en train de crever.
Ce n’est pas sale, la mort.
Aimer un peu, un jour, pas pour faire bien, mais juste parce que ce ne sont pas des manières vitales que celles vitreuses des habitudes incrédules qu’on apprend en détestant à vue.
Misanthrope c’est fatiguant, surtout lorsque c’est pour la frime.
Non ce n’est pas exactement de la frime, mais ce n’est pas une raison non plus.
Je suis enfiévré, je déteste tout et je n’aime que moi.
Et encore. C’est pour cela que j’en parle. Je distingue, et mon tact et mon impuissante puissance.
Je rêve souvent de moi, mais c’est à chaque fois en pensant à vous.
Ma fièvre est devenue constructive.
Je dois continuer à vivre, en m’invectivant que le seul présage ultime dont je me souvienne c’est que je me fous de tout, de tous et de toutes.
Exigeante condition.
Je suis trop honnête pour aimer sincèrement.
Sauvage, lunatique et conditionné par l’image de la liberté.
Bête.
Perdu comme on en rêve.
Je ne rêve pas tant que ça.
Je m’enlève le plus souvent
A la vie comme une trêve
Et ça me semble dérisoire
Comme une existence de déboires.
Parfois je me dis que c’est vrai
Que j’ai un peu raison
Mais pour le reste
Ça manque de poésie remorquée
Une existence de camion qui ne sait faire que la course avec des avions maqués.
A partir de Mach 5
La vitesse me tourne la tête
Je me rends compte
Que je n’ai jamais observé les fringues
Des archiduchesses
Non moi je tringle
Dans le noir
Ou à la lumière du mensonge
Et lorsque ça pique
Je mets ça sur le compte
De deux corps épinglés.
Je ne me souviens de rien.
J’existe
Animal
Libre et souverain
L’intellect glacé
Tigre et mesquin
Par derrière
On n’observe pas un félin
Sinon il se transforme en reportage animalier
Et se gonfle
De rages folles et de sensitivités.
Un tigre ça ne se défend pas
Ça attaque d’abord
Quel que soit l’éléphant
Le cimetière est toujours une baleine.
Animal
Ce pendant bête
Est sincère.
Cribas 30.12.2008


Commentaires
Roberto Juarroz - Poésie verticale IV - 4
Personne ne commence où il veut
mais où prend fin l'arrogance
de cela que n'est personne.
Nous commençons tous dans un coin sans personne
et à ce coin finalement nous revenons
croyant par erreur qu'il y a quelqu'un.
Mais le centre de la joie d'être quelqu'un
est la joie de ne l'être pas,
l'exacte compréhension
de dessin de ce filet que nous tendons,
dans le métier précis
de pêcheurs que ne pêchent pas le poisson
mais la perte du poisson,
jusqu'à pêcher leur propre perte.
Cribas,
Si la fièvre est supposée vous manquer, alors dites moi ou ranger ou peut être jeter ce parchemin...
Au bord du vide vous éveillez des sens
Un plaisir froid,
saisissant
et qui vous arrache les mots de la gueule.
Je relis encore, maso