De tous mes sens

Je retiens ceux des dessous

Et celles des essences

Des femmes à jouir

A genoux

 

Comme des braises

Sur les rotules

Elles font belle figure

Maintenant qu’abusé

Je suis enfin cinglé

 

L’amour ça ne se dit pas

Ça se répète

Et ça ne se dit pas

Et ça se répète

Puisqu’il faut bien le dire

 

La mort à sens unique

C’est ne jamais sortir

Des maux du motel

Comme un clochard

Avec  juste un poème

 

Mes discours éteints

J’écris de l’amour

Tel un petit chien traçant

Et la fumée des étoiles

On dirait de la pisse

 

Et les vieilles montagnes

Je les jurerais de caviar

Et aussi de cailloux

Entassés au hasard

Pour ressembler aux montages

 

J’ai deux tibias

Je me trouve un thorax

Et dans deux bras

J’achète à crédit

Deux mains de syntaxe

 

De tous mes sens

Je n’en retiens qu’un seul

Celui de l’aisance

Qui parfume son linceul

Tout en puant la mort

 

Demain sans grand jour

Hurlant de rire

Comme une nuit à jamais

Dans un nuage d’arthrite

Je claquerai du symbole

 

Et entre mes phalanges désossées

On croira lire le charme

D’un serpent à flûte

Solide et prude et désarmé

Et surtout bombé d’un sombre rut

 

Moi je serai mort

De tous mes sens

De musicien sans luth

Puissante corde

Sans accident d’auréole

 

Et les vertiges

Existences sans directions

Goûteront à l’acharné

D’un siècle dans l’action

Vil invertébré

 

De tous mes sens

Je retiens les hérétiques

Et mes abris timbrés

Quelques femmes en bricks

Sur des lais arrachés

 

Des petits bouts de seins

Et vogue le grog

Endormi enfin

Défoncé sur un platane

Partition d’écorce

 

De tous mes sens

Je ne retiens aucun bagage

Si ce n’est l’enfance

D’un short à la noyade

A genoux sur deux guiboles

 

 

 

 

Cribas 05.03.2009