Il y a longtemps que tes rêves défilent sous ta plume, peu de temps que l’encrier se vide. Je te souhaite maintenant d’entendre l’écho lorsqu’avec tes dents tu cogneras au micro de la fiole si souvent chérie.

Les mots ne viennent pas demain, ni après demain, ni jamais, si d’abord et toujours tu ne les écoutes pas.

Je me permets, poète, de célébrer avec toi, en avance, l’avènement d’une douleur effroyable.

Regarde, regarde vraiment. Tu as le droit de plisser les yeux, ton règne n’en pâtira pas si tu conviens à pâlir comme tous les synonymes manqués.

L’amour, ah l’amour qu’il te manque !

L’amour fond sur les larmes du poète, mais afin de goûter aux petites salées il ne te suffira plus d’être un fondu depuis ta quinzième année.

Ou peut-être que si, mais avec un travail de mémoire.

Moins de rails sur le miroir.

Poète dans le noir, ou simplement poète en apnée ?

La poésie est faite pour respirer et je sens que l’oxygène va bientôt te manquer.

Poète, inspire au grand jour !

 

 

Ô mon ami

Comme on dit au soleil

D’un bras et d’une main pudiques

Pour entourer son ami

Comme on l’aime.

 

 

Je me suis ôté des attitudes

Et toi tu zozotes encore des idées vieillottes

Comme « les femmes à poil » ou « les hommes au charbon »

Tu devrais revenir comme on se décalotte,

A mon humble avis de tes chevaux lourds hirsutes

 

 

Il y a longtemps que tes idées nauséabondent

De fleurs incandescentes en pistils morbides,

Et je voudrais avec toi signer une part de mes rides

Loin des orgies et tout près des femmes qui abondent

 

 

Ô mon pauvre ami

Ignorant puceau des nuits fétides

Considères-tu tes solitudes

Blessées au flanc de la rime ?

 

 

Il y a longtemps que tu crèves, jamais je ne m’oublierai. Lorsque ta nuque abattue ressemblera à celle d’un chien affamé, je t’observerai d’abord et encore une dernière fois, puis je te montrerai les poules les plus intelligentes, devenues chiennes par invocation éperdument misérable du moindre signe d’amour.

Toutes les femmes te convoquent à leurs pieds, et toi tu attends qu’elles s’agenouillent à ton chevet.

 

 

Ô mon ami

Poète

Le temps passe

Et bientôt tu ne sais même plus parler

 

 

Sens le vent

C’est folie que de lui tourner le dos

 

 

Je m’invective et je me tiens droit

 

 

Amen

 

 

 

 

 

 

 

Cribas 06.05.2009