Il n’y avait guère que le train qui ne lui était pas passé dessus, c’est ce qu’on disait d’elle dans ce quartier aussi gras qu’un village d’antan. Entonnant ces certitudes grasses et sans convictions, la vie de quartier me donnait sans cesse un haut le cœur. Comme des épluchures de couenne jetées dans une soupe immonde censée réchauffer le sang du barbare civilisé, jusqu’au chœur. Dégueulis humé en bande, en groupe afin d’en apprécier le fumet. Elle avait pourtant les joues rouges plus souvent que les autres. Son regard triste pour deux était une invitation à scarifier nos petits cœurs médiocres   , minuscules oppressés.  Je ne l’ai jamais trouvée vulgaire, sa féminité pointilleuse valait plus à mes yeux que toutes ces bonnes femmes en affaire le samedi soir.

Il n’y avait guère qu’à moi qu’elle faisait encore baisser les yeux.

Je ne croisais jamais son regard afin de me faire remarquer. J’aurais eu trop honte devant elle, d’être un simple gars du quartier du village d’antan.

Un jour elle m’a demandé du feu, puis une cigarette.

Je lui ai alors offert un verre, et, comme je lui ai promis, une sorte de poème en prose à son effigie.

 

 

Cribas 13.11.2009