Je crois bien t’avoir épargné

Je n’ai osé t’achever

Et tu gis quelque part

Entre haine et faiblesses

Où j’imagine je t’ai laissé

En suspens

Peut-on seulement te tuer ?

 

Je crois bien t’avoir isolé

Mais c’est à l’endroit même

Où je me suis laissé tomber

Entre haine et faiblesses

Où j’imagine je me suis lassé

D’attendre

Peut-on apprendre sans te nommer ?

 

Je crois bien t’avoir lynché

Je t’ai saigné à la plume

D’abord, puis au clavecin

J’ai frappé, frappé, frappé

Des lettres

Je t’ai chassé

Que peut-on contre un fantôme ?

 

Je crois bien me sentir observé

Tu ne me laisseras jamais libre

Tu attends ton heure

Tu es plus patient que le grand poème

Montre-moi

Je te promets d’enliser ma mémoire

Si tu me donnes plus qu’un verbe.

 

Je crois bien t’avoir usé

J’ai juré, conjuré avec toi

J’ai tenté de te conjuguer

Même de m’envoler lyrique

Cramponné à tes fusées

Tu es un verbe à la criée

Juste bonbon aux encycliques

 

Tu crois m’avoir bien saigné ?

Mais regarde ce que je t’enseigne

Qu’il est utile de bien se renseigner

Avant de loger à ton enseigne

Nul besoin d’apprendre à te dire

Quand on a dans les veines

La force de délier les lèvres

 

 

 

 

 

Cribas 24.02.2012