Invitation à la domestication de ses démons OU Après "Gribouilleur de rêves" voici "Truqueur de Spleen"
Par Cribas le dimanche 4 mars 2012, 20:17 - Cribas 2012 - Lien permanent
S’en aller quelque part, là où même les rivières n’existent pas. Résilier tous
les flux de l’amitié, des amours décérébrées, des copinages de surface, des
bonnes intentions pavées de silex auto-inhumains. Régler son compte, une bonne
fois pour toutes, à l’idée dévastatrice formulée dans tous les sens, qu’est
cette incongruité destinée à biaiser la réalité la plus visible de la nature de
notre iceberg humain. Que la solitude soit ! Aimer son prochain sur une
île déserte. Choisir l’exil, dans un dernier sursaut de connexions électriques
pures, avant que la lucidité ne soit plus qu’un lointain souvenir. S’en aller
afin de ne pas se dépecer, petits bouts par lambeaux entiers, à force de sonder
encore et encore, l’insondable suite à l’ultime vérité. L’égocentrisme est la
veuve joyeuse de la misanthropie, un instant, car l’esprit qui danse sans cesse
plus rapidement sur le parquet d’un salon où l’on a accroché des draps blancs
aux fenêtres, finira essoufflé, tel un fantôme sans reflet.
S’en aller quelque part, avant de n’être plus qu’un autre rouage de la grande pièce mécanique où l’unicité de chaque être, de chaque réflexion, tombe de fait sous le joug de la direction assistée.
Le fait de garder sa différence bien au chaud, que cela soit par souci du paraître ou par fatigue du combattant usé, revient à contempler le réfléchissement de son échec.
Ce n’est pas un aphorisme impuissant ou un poème pénitent de plus ou de moins qui évacuera de nos existences les clowns simiesques que nous portons en nous.
Poète, au cachot ! Penseur, au rebut ! Homme, exile-toi !
S’en aller quelque part, seul clochard. Gravir les flancs d’une pyramide, dégringoler des pans d’une montagne, sourire d’un grand large tout autour de soi devant d’infinis horizons gagnés par la solitude sans désolation, jouir à nouveau de son propre regard. Rouvrir cet écrin d’air pur, que l’enfance balayée avait cru bon de renfermer, comme on claque une lourde, sans un regard, s’en allant fière, dans le grand monde des solitudes organisées par le port obligatoire du masque.
Le chat miaule, est-il affamé ou a-t-il seulement décidé qu’une quinzaine de lignes par jour suffisaient bien assez à ma torpeur ? Peu importe, l’instinct est rusé. Sûr que lorsque j’aurai regagné mon bureau, la confusion sera telle que je ne saurai plus sur quelle arme je dois presser. S’ensuivra le rythme coutumier des habitudes ; je pousserai le tiroir, enfermerai sous clé une fois de plus un démon arbitraire, puis quelques clics remplaceront une déflagration que je n’aurais, de toute façon, pas entendue.
Moralité : Caresser un chat dans le sens du poil, c’est parfois faire le choix de la meilleure arme.
Souriez, c’est du Cribas.
Cribas 04.03.2012


Commentaires
J'ai rarement été touchée sur le net par les textes des uns et des autres....(si vous voyez ce que je veux dire). Mais là / Oui, là encore : c'est tellement là ! Je triviale : "OK" .
"Sûr que lorsque j’aurai regagné mon bureau, la confusion sera telle que je ne saurai plus sur quelle arme je dois presser." C'est ce terrible qui m'a épuisé le corps vécu chaque jour que Dieu fait ... Le tiroir s'était transformé en zone de maquis où ma Résistance s'organisait à armes de feuilles, carnets et crayons de couleurs.
Vous utilisez l'imparfait; avez-vous trouvé une "solution"?
Tout y est sûrement,
L'écrin d'air pur qui un jour où l'autre, à la volée, se rouvre ,
Et le cachot de l'homme
Poète, reflux toi là où tu étais, en toi...
Tous les voyages de toute façon te mèneront là...
Enfin, je crois, je n'ai jamais prétendu détenir la vérité.
On sourit ?
Allez, d'accord
Nath
Décamper, s'en aller, pour quitter plus qu'arriver. S'extirper. Le vouloir trop fort pour bouger.
Se laisser déconcentrer, presque volontiers.
La solution, du moins, l'issue s'est imposée toute seule. Je me suis hissée sur l'échelle de la maladie. Maintenant, j'habite un grenier fait de paille défendu avec mes armes.
Angle mort
Mieux vaut fuir que succomber
Bien qu'en dépit du verbe honni
Et de l'influx d'émo-globine
La greffe indésirable soit vouée à la nécrose
Rester toutefois malgré le rejet
Impassible face à la posture d'indifférence
Pâle éminence dévouée au génie
Jusqu'au delà de son reflet voilé
Dans le sillage de l'éblouissement
Impossible de perdre le jamais effleuré
Il ne reste qu'à se terrer atterré
Au fond de l'angle mort