S’en aller quelque part, là où même les rivières n’existent pas. Résilier tous les flux de l’amitié, des amours décérébrées, des copinages de surface, des bonnes intentions pavées de silex auto-inhumains. Régler son compte, une bonne fois pour toutes, à l’idée dévastatrice formulée dans tous les sens, qu’est cette incongruité destinée à biaiser la réalité la plus visible de la nature de notre iceberg humain. Que la solitude soit ! Aimer son prochain sur une île déserte. Choisir l’exil, dans un dernier sursaut de connexions électriques pures, avant que la lucidité ne soit plus qu’un lointain souvenir. S’en aller afin de ne pas se dépecer, petits bouts par lambeaux entiers, à force de sonder encore et encore, l’insondable suite à l’ultime vérité. L’égocentrisme est la veuve joyeuse de la misanthropie, un instant, car l’esprit qui danse sans cesse plus rapidement sur le parquet d’un salon où l’on a accroché des draps blancs aux fenêtres, finira essoufflé, tel un fantôme sans reflet.

S’en aller quelque part, avant de n’être plus qu’un autre rouage de la grande pièce mécanique où l’unicité de chaque être, de chaque réflexion, tombe de fait sous le joug de la direction assistée.

Le fait de garder sa différence bien au chaud, que cela soit par souci du paraître ou par fatigue du combattant usé, revient à contempler le réfléchissement de son échec.

Ce n’est pas un aphorisme impuissant ou un poème pénitent de plus ou de moins qui évacuera de nos existences les clowns simiesques que nous portons en nous.

Poète, au cachot ! Penseur, au rebut ! Homme, exile-toi !

S’en aller quelque part, seul clochard. Gravir les flancs d’une pyramide, dégringoler des pans d’une montagne, sourire d’un grand large tout autour de soi devant d’infinis horizons gagnés par la solitude sans désolation, jouir à nouveau de son propre regard. Rouvrir cet écrin d’air pur, que l’enfance balayée avait cru bon de renfermer, comme on claque une lourde, sans un regard, s’en allant fière, dans le grand monde des solitudes organisées par le port obligatoire du masque.

 

Le chat miaule, est-il affamé ou a-t-il seulement décidé qu’une quinzaine de lignes par jour suffisaient bien assez à ma torpeur ? Peu importe, l’instinct est rusé. Sûr que lorsque j’aurai regagné mon bureau, la confusion sera telle que je ne saurai plus sur quelle arme je dois presser. S’ensuivra le rythme coutumier des habitudes ; je pousserai le tiroir, enfermerai sous clé une fois de plus un démon arbitraire, puis quelques clics remplaceront une déflagration que je n’aurais, de toute façon, pas entendue.

 

 

 

Moralité : Caresser un chat dans le sens du poil, c’est parfois faire le choix de la meilleure arme.

Souriez, c’est du Cribas.

 

 

 

Cribas 04.03.2012