Aux enfants sans histoires qui n’ont plus de lectures

Qui s’en vont dans la nuit un peu comme en plein jour

Qui ne partent nulle part, qui ne voyagent plus

Qui n’attendent de la suite que dollars pour toujours

Je veux dire que demain, demain ils seront grands

Aussi vaste que le vide sur leurs visages sans vie

Sera le monde obscur sur des papiers froissés

A jeter dans les urnes à l’endroit sans révoltes

Les poètes sont partis juste un peu après Dieu...

On les a remplacés par des pigeons silencieux

Et des chansons sans voix sur les têtes de gondoles

Se cantonnent à briller pour des rêves accessibles

Accessoirement le jour, j’en crève un peu moi aussi

De ce triste sourire, qui allume les vitrines

En lieu et place où naguère, quand je n’étais pas né

Scintillait doucereuse, la ville des réverbères

Qui crève maintenant de sa longue maladie ;

Sanguinolentes sur ma peau, ses coulures nostalgiques

C’est qu’à quarante ans, si les nuages nous remboursent

Le cac 40, lui, avale la pluie pour sa place au soleil

Aux enfants qu’on endort avec de la lumière

Qui s’en vont dans la nuit, bercée de plus-values

Qui manigancent faux frais, quémandent sans prières

Qui n’espèrent du réveil qu’une sonnerie à la mode

Je veux dire que demain, demain est déjà mort

Aux parents sans lectures des enfants sans histoires

Qui n’ont pour leur progéniture plus que le jeu du foulard

Je veux hurler tel un sans voix, que dans le ciel chaque soir

Ce n’est pas la Grande Course qui éclairera les mémoires

Mais bien les étoiles, comme mille leds éternelles.

 

Préférons aux pâles, tous les réactionnaires

Plutôt que par honte, céder part belle aux actionnaires

Dont nous sommes déjà les enfants sans histoires

Sans lecture

Du rétroviseur où se dessinent notre avenir grossissant

Et ses nouvelles enzymes au microscope du bonheur.

 

L’argent te rit, au nez ce n’est pas nouveau

Mais ce qui a changé c’est qu’il pend aux nouveau-nés

Lourd et létal

Ce métal a muté

Et l’on voit, ficelés sur le dos des pères,

Ou accrochés aux poitrines maternelles

Des portes-monnaies de bonnes factures

Transportant les braillements de marque,

De puces de fortune,

De chiots débraillés.

 

 

Cribas 09.04.2012