Mots-clés pour Demain et Fumigène
Par Cribas le jeudi 23 août 2012, 06:28 - OFF - Lien permanent
C'était toujours demain. Demain qu'on verrait plus clair. Demain qu'on se
mettrait à bosser. Demain ce serait sérieux. Demain c'est tous les jours. Tous
les jours un premier janvier à la con, mais juste en plus petit. Un demain sans
qu'il soit pontifié. Une trace accessible, comme un avenir. Demain on arrête de
fumer. Ou après-demain, parce que ça fait quand même mal, et demain on a déjà
un challenge de prévu. Moi, demain je vous emmerde. Comme ça. Comme si j'avais
un compte Facebook. On dirait que demain, j'étais dépressif. Avec un mur plein
de haine, et de l'amour à la fin. Pour ceux qui ne voient pas, et qui ont un
compte aussi. Demain j'arrête tout. Le Wifi et le Bluetooth. Parce que ça fait
mal aux yeux. C'est pour faire un exemple. Demain, si c'était possible de
penser en plein jour comme au beau milieu de la nuit, on arrêterait vraiment
tout. On stopperait des tas d'amis. On les flinguerait, au lieu de les aider à
se masturber la mauvaise foi, dans la mauvaise voie, dans le déni. Demain c'est
grand. Demain, terminé la culpabilité dont tout le monde se fout. Demain ce
serait rien, tout un bonheur déconnant. Il suffirait d'écouter un peu "Les
anarchistes" de temps en temps, et ce serait reparti pour un tour de
démocratie. Faire des tours en démocratie, comme des tours de manège. Moins se
spleener. Plutôt se droguer aux faux espoirs, aux petits meurtres entre faux
amis. Faudrait tenter ça demain. Enfin un de ces quatre demain. Mais tout seul
dans son coin. Il suffirait d'écouter "La solitude" de temps en temps, et ce
serait reparti pour un tour de cadran. Faire des tours dans un cadre, comme un
légume dans un mixeur. C'est ça l'histoire. Ca va trop vite, c'est plus rapide
que des phrases encore plus courtes. Cette nuit on a la tête comme une
pastèque, la cervelle en bouillie, et on s'y voit déjà à demain, avec les
couteaux moulinant à tour de bras toutes les citrouilles cirées, qui
s'approcheraient encore plus près que ne le permet pourtant la seule
complicité, dans le but de piétiner. D'inspirer un peu trop du bon air qui nous
appartient. Ce ne serait pas grand chose de s'y mettre demain. De se projeter.
Dans un cercueil aux vitres teintées, pour avoir encore un peu la main. Vivre,
ni bêtement et surtout, ni autrement. Comme font les gens qui veulent
simplement oublier qu'être mortel ce ne sont pas des paroles en l'air. Mourir
c'est vrai. C'est vrai que ce n'est pas rien. Et puisque vivre ce n'est rien,
la boucle des chaussures ou des sacs à main, c'est du serpent bouclé. C'est de
la philosophie à se pendre la langue, à se mordre la queue. Demain ce sera
pareil. On attendra son tour en chassant les fantômes de notre cimetière
ambulant. C'est pas pour rien qu'il y a des rebelles et des fous qui reviennent
; des revenants qu'on voit passer, après un tour de boucle, et qui croient
maintenant que l'amour. Ils savaient. Mais ils ont oublié qu'il suffisait
d'écouter "Avec le temps", de temps en temps. Ce sont les mêmes qui sont en
train de perdre le fil. Alors c'est reparti, pour un tour de manège, et
peut-être en boucle. Les boucles ça use, et même avec neuf vies ce serait
encore trop juste. Faut ajuster. Faut que ce soit une seule histoire, la
longueur on s'en fout. Faut faire ça d'une traite pour arriver à la fin pile au
bon moment. Faut pas que ça recommence demain. On y verra moins clair tôt ou
tard. Ca ne sert pas à grand chose de manufacturer du futur à partir du passé.
Il y a la matière première, puis la dernière matière. Entre les deux, il n'y a
pas matière à s'en raconter pendant longtemps. On s'en débarrasse d'ailleurs,
plus ou moins facilement, sans jamais trop s'embarrasser avec les détails.
C'est pas demain qu'on en tissera un fil de meilleure qualité. Demain il fera
jour. Demain il ferait jour. Ca me fait rire et j'en frémis. Ce sera toujours
demain. Jusqu'au jour où il n'y en aura plus. Demain on fera la queue, avec une
pancarte portant une inscription délavée comme Je crois pas en dieu,
ou encore La vie c'est maintenant. Ce sera délavé, on aura bien pu y
mettre ce qu'on veut. On aura juste l'air, le bon air qui est à tout le monde
celui-là. Demain j'apprends de nouveaux airs.
Cribas 23.08.2012


Commentaires
MERCI pour ce délice de lecture, à voix haute, à voix basse, pas encore les yeux fermés, pour ça il me faudra le chemin de la mémoire...bon sang, j'aime plus que bien !
Merci à vous, Nath.
J'aime particulièrement cette dernière.
Bien à vous.
demain comme à chaque rentrée je reprends mes dix commandements qui s'enterrent un à un les dix mois suivants. Le titre est à la hauteur du texte
@Alain Gojosso, c'est un peu une surprise, je ne vous voyais plus par ici. Merci d'être passé, merci à vous.
@Lutine La rentrée? Quelle rentrée? ;-)
Belle excursion/incursion dans le temps de vie...C'est toujours un privilège de pouvoir suivre le fil de tes pensées. Pensée émue à Léo Ferré dont c'est l'anniversaire aujourd'hui, merci d'avoir conseillé ces titres...
Vivre finalement c'est procrastiner "Vivre ni bêtement, et surtout, ni autrement."
Et sans en avoir l'air, c'est un bon conseil pour demain "Je vais apprendre d'autres airs" ;-)))
Un texte dense et profondément juste ; un de ces pavés qui pèsent trop sur l'estomac de certains pour arriver à leurs pensées. Mais il parait que d'autres en ont fait des armes de ces pavés, brandis, lancés à la gueule des cons dans des air(e)s vicié(e)s en espérant un bol de renouveau...
Oui, je comprends bien ce que tu dis. Et ton optimisme aussi. Mais je pense (parfois) qu'on achève bien les étouffés, dans la grande marmite. Il y a un temps pour les pavés, et un temps pour les dentiers; un temps pour les cimeterres, un autre pour le cimetière. Bien souvent, ceux qui ont la force emmènent les foules pour renverser, pour juste après les asservir. Jeunesse lève-toi! Choisis ton Roi!
Je ne suis pas optimiste ; j'en ai vu plus que mon compte d'étouffés, tantôt volontaires et tantôt fatigués. Des dentiers mordre plus fort que les longues dents de leurs puînés -je ne suis pas certaine qu'il faille s'en réjouir. J'ai vu aussi, les coups de dents jetés dans le vide, sans cesse recommencés pour si peu de résultats happés. Mais je sais que tu comprends :)
On ne décrochera jamais le pompon, ou juste celui qui offre le droit à un nouveau tour. On ne perd rien à essayer ; on perd trop à ruminer.