C'était toujours demain. Demain qu'on verrait plus clair. Demain qu'on se mettrait à bosser. Demain ce serait sérieux. Demain c'est tous les jours. Tous les jours un premier janvier à la con, mais juste en plus petit. Un demain sans qu'il soit pontifié. Une trace accessible, comme un avenir. Demain on arrête de fumer. Ou après-demain, parce que ça fait quand même mal, et demain on a déjà un challenge de prévu. Moi, demain je vous emmerde. Comme ça. Comme si j'avais un compte Facebook. On dirait que demain, j'étais dépressif. Avec un mur plein de haine, et de l'amour à la fin. Pour ceux qui ne voient pas, et qui ont un compte aussi. Demain j'arrête tout. Le Wifi et le Bluetooth. Parce que ça fait mal aux yeux. C'est pour faire un exemple. Demain, si c'était possible de penser en plein jour comme au beau milieu de la nuit, on arrêterait vraiment tout. On stopperait des tas d'amis. On les flinguerait, au lieu de les aider à se masturber la mauvaise foi, dans la mauvaise voie, dans le déni. Demain c'est grand. Demain, terminé la culpabilité dont tout le monde se fout. Demain ce serait rien, tout un bonheur déconnant. Il suffirait d'écouter un peu "Les anarchistes" de temps en temps, et ce serait reparti pour un tour de démocratie. Faire des tours en démocratie, comme des tours de manège. Moins se spleener. Plutôt se droguer aux faux espoirs, aux petits meurtres entre faux amis. Faudrait tenter ça demain. Enfin un de ces quatre demain. Mais tout seul dans son coin. Il suffirait d'écouter "La solitude" de temps en temps, et ce serait reparti pour un tour de cadran. Faire des tours dans un cadre, comme un légume dans un mixeur. C'est ça l'histoire. Ca va trop vite, c'est plus rapide que des phrases encore plus courtes. Cette nuit on a la tête comme une pastèque, la cervelle en bouillie, et on s'y voit déjà à demain, avec les couteaux moulinant à tour de bras toutes les citrouilles cirées, qui s'approcheraient encore plus près que ne le permet pourtant la seule complicité, dans le but de piétiner. D'inspirer un peu trop du bon air qui nous appartient. Ce ne serait pas grand chose de s'y mettre demain. De se projeter. Dans un cercueil aux vitres teintées, pour avoir encore un peu la main. Vivre, ni bêtement et surtout, ni autrement. Comme font les gens qui veulent simplement oublier qu'être mortel ce ne sont pas des paroles en l'air. Mourir c'est vrai. C'est vrai que ce n'est pas rien. Et puisque vivre ce n'est rien, la boucle des chaussures ou des sacs à main, c'est du serpent bouclé. C'est de la philosophie à se pendre la langue, à se mordre la queue. Demain ce sera pareil. On attendra son tour en chassant les fantômes de notre cimetière ambulant. C'est pas pour rien qu'il y a des rebelles et des fous qui reviennent ; des revenants qu'on voit passer, après un tour de boucle, et qui croient maintenant que l'amour. Ils savaient. Mais ils ont oublié qu'il suffisait d'écouter "Avec le temps", de temps en temps. Ce sont les mêmes qui sont en train de perdre le fil. Alors c'est reparti, pour un tour de manège, et peut-être en boucle. Les boucles ça use, et même avec neuf vies ce serait encore trop juste. Faut ajuster. Faut que ce soit une seule histoire, la longueur on s'en fout. Faut faire ça d'une traite pour arriver à la fin pile au bon moment. Faut pas que ça recommence demain. On y verra moins clair tôt ou tard. Ca ne sert pas à grand chose de manufacturer du futur à partir du passé. Il y a la matière première, puis la dernière matière. Entre les deux, il n'y a pas matière à s'en raconter pendant longtemps. On s'en débarrasse d'ailleurs, plus ou moins facilement, sans jamais trop s'embarrasser avec les détails. C'est pas demain qu'on en tissera un fil de meilleure qualité. Demain il fera jour. Demain il ferait jour. Ca me fait rire et j'en frémis. Ce sera toujours demain. Jusqu'au jour où il n'y en aura plus. Demain on fera la queue, avec une pancarte portant une inscription délavée comme Je crois pas en dieu, ou encore La vie c'est maintenant. Ce sera délavé, on aura bien pu y mettre ce qu'on veut. On aura juste l'air, le bon air qui est à tout le monde celui-là. Demain j'apprends de nouveaux airs.

 

 

Cribas 23.08.2012