Dans les limbes aquatiques et cérébraux des scribouillards mortels, on est bien, parfois jusqu'à l'ennui. Juchée sur son trône rêvassé, rêvassant, l'écriture donne de l'eau à la rame, du baume à la vague, et de l'âme à la mort.

Écrivez jeunes gens, braves et confus. Écrivez les siècles, qui en vous ne veulent pas mourir.

Peut-être qu'un jour le soleil ne tournera plus au-dessus de vos idéaux tel un vautour, comme dans les livres.

Faites-les taire, ceux qui friment en vous chuchotant la chanson douce qui affirme qu'on écrit pour soi. On écrit pour diffuser ses petits principes vers les autres. On cherche la vérité des autres. L'abnégation a un but. L'abnégation est un don, tout le reste c'est du travail.

N'écoutez pas les chansons douces. Ce qui est doux, c'est ce qui trouve sa place sur votre lit de fakir.

Comme on fait son lit, on adoucit ses propres tumeurs.

La maladie de l'âme s'attaque par derrière, en traître. La mélancolie est le meilleur piège que l'on puisse tendre au désespoir. Mettez la tristesse à l'aise, qu'elle se sente en confiance, là toute tapie au fond de vous à gérer vos moindres gestes, toutes vos douleurs. Écrivez noir sur blanc, l'angoisse raffole des stéréotypes. Rira bien qui écrira le dernier. Car oui, la tristesse vous écrit. Et on ne l'efface pas avec des ratures et des gommes. La tristesse ça se froisse d'un coup sec. Et encore, ce n'est pas terminé. Il en faut de la force pour la broyer et l'entendre hurler de douleur au creux de votre main. Il ne faut pas que ça dure. Ca se revigore vite, une douleur, une blessure. Il faut choisir le bon moment pour la tordre. Écouter son dernier cri un seul instant, en mémoire du temps passé, en signe de victoire. Et alors très vite, jetez-moi ça au feu. Plus la flamme sera grande, plus vos cendres allongeront votre langue. J'en connais qui lèchent les nuages aujourd'hui, alors qu'à leur début elles n'étaient que dialecte difforme et brute sauvagerie tout juste capable d'emmener un lecteur d'édito politique au bas de la page.

 

Dans mes limbes aquatiques décérébrés de scribouillard mortel, je suis bien, parfois jusqu'à l'ennui.

Ma tristesse, mes angoisses, ma mélancolie, mon désespoir, je n'ai pas osé les jeter au feu. Je les garde au creux de ma main que je serre chaque jour et chaque nuit un peu plus fort. Je veux qu'ils m'implorent pardon jusqu'à la fin de ma vie. A ce moment seulement, on pourra bien jeter dans les flammes, de moi tout ce que l'on veut.

Je garde ma colère dans le creux de ma main. Halo, bouclier, encrier de ma chienne de vie.

Je les fais taire quelques secondes, terre à terre, peut-être main dans la main, ceux qui me lisent.

Je diffuse mes principes, dissipe mes principales humeurs. Ça se soigne très vite une journée mal commencée, une nuit qui tourne mal. J'écris seulement pour ceux qui, trop curieux, ont chuté jusqu'au fond du puits. Je ne fais pas l'aumône. Je n'écris pas pour hydrater les voyageurs et les braves gens.

 

Dans les limbes aquatiques et cérébraux des mortels il y a un puits. Au fond du puits une porte secrète. Derrière la porte secrète une pièce avec en son centre une table où est déposée la clé de cette même porte. C'est pourtant un lieu fréquenté et on y est bien. C'est une énigme.

 

 

 

Cribas 25.08.2012