La croix et les manières
Par Cribas le jeudi 20 septembre 2012, 02:35 - Cribas 2012 - Lien permanent
Madame raconte partout
Qu'elle a du mal à rêver encore
Qu'elle ne s'endort plus
Qu'avec ses cauchemars les plus fous
Et je veux bien la croire
Qu'à force de broyer du noir
Les fantômes tombent la veste
Calcinent le drap blanc
Et maculent le peu d'espoir qu'il reste
Des sanglots rouges aux yeux de sang
Madame n'a pas connu la gloire
Des hanches retroussées
Puis de l'enfant qui tousse
Qu'on protège au creux de sa manche
Et je veux bien la croire
Quand elle crache au visage de l'autre
Que les hommes sont ces autres
Qui lui rappellent chaque dimanche
L'agenda vide et le pilulier inutile
Sur les semaines lisses de sa vierge légende
Madame raconte partout
Qu'elle a dû mal rêver encore
Je ne lui dis jamais plus
Que l'homme est libre car il meurt dans le flou
Et je veux bien la croire
On a du mal à rêver encore
Lorsque les fantômes se dénudent pour la nuit
En double aveugle sur le mauvais sort
Traînant bariolé derrière eux, pour unique reflet
Le rire rouillé d'une étincelle de vie déglinguée
Madame raconte partout
Qu'elle a du mal à dormir encore
Sur son oreiller de barbelés.
Je m'endors sur ma couronne.
Cribas 20.09.2012


Commentaires
J'adore, ces quelques lignes me font penser à ma grand-mère. C'est pas forcément flatteur en premier lieu, mais cela prouve qu'une certaine émotion s'est déclenchée en moi. Cela doit être le but...
Nico :D
Madame raconte bien et ce serait à mettre en chanson, mais Monsieur qui se tait trop souvent mais n'en pense pas moins ne dirait-il pas les mêmes plaintes avec d'autres mots. Pourquoi je pense à une couronne d'épines. Sur un trait de plume je retrouve souvent le sommeil.
@Nico Ah, ta grand-mère! Tu parles bien de celle qui...? ;-)
@Lutine En effet le mot "épines" était si présent qu'il m'a semblé inutile de l'écrire. Tu as donc lu en aveugle, un mot voyant mais invisible.
Oui oui je parle de celle qui passe ses journée dans un tablier à regarder les avis mortuaires dans le journal de Bitche le coin le plus perdu de Moselle, à disputer avec d'autres villageoises sur la dernière maladie de Monsieur Pierre Paul Jacques atteint du cancer et à être à l'affût dès qu'un ragot est d'actualité. La-bas une nouvelle ne met que 5 minutes pour faire le tour du village... A l'inverse des trois singes symbolisant la sagesse ; ma grand-mère c'est :
Tout voir
Tout entendre
Tout raconter
Ah... quelle ouverte d'esprit... et le pire c'est qu'elle ne parle que Allemand... Diantre !
@Nico La guerre de 70 a fait des ravages...
Ah les années 70... quand je vois la conjoncture actuelle, on peut affirmer que c'était mieux avant. Mais bon, je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent connaître... Hahaha
Chacun son épine, ses sanglots longs... sans violons !
Chanson dure, pour insomniaques d'automne qui savent couper les lauriers.
Ailleurs Monsieur ne dit rien, ressasse sa pipe -la seule qui lui reste- et son journal, parle au chien et au voisin, hausse la voix parfois quand il manque un couvert. Et les deux ricanent parfois, ou commentent les enterrements du même ton que le journal ou le feuilleton...
@ Gabrielle J'aime beaucoup tes derniers commentaires ici. Ce que j'avais remarqué en premier, je me souviens, sur tes différents blogs, c'était cette facilité dans la description concise. Je me répète, tu n'écris pas assez. *
*Commentaire de vieux con.