Ephémère à vie
Par Cribas le samedi 10 novembre 2012, 20:39 - OFF - Lien permanent
(Texte + écoute)
Je le vois bien
Bien sûr trop fort parfois
Je l’entends
Sa mine de rien
Oui je le vois bien
Son passé sans vergogne
De poupée polonaise
Pas cigogne pour deux roubles
Ni gigogne plutôt sans double
Aux longues jambes aiguilles
Marquant pour les coqs de seize heures
Sa chienne lascive de jeunesse
Oui je l’entends bien
Quand elle révise sa paresse :
« C’est la vie on n’y peut rien »
Savez-vous, vous ?
Que ça ne se dit pas
Tout ?
Tout émoi éloigné de moi
Ce qu’il resterait
Serait alors assez moins de moi ?
Parfois pour tout lui dire
Je l’appelle
Je lui fais des petits trous
Dans son grand flou au cœur
Avec ce que je trouve dans ma trousse à souvenirs ;
Des aiguilles à remuer les plaies
En dose d’acupuncteur
Et jusqu’à leur tête d’homme
Je lui torture mon enfance dans les chairs
Afin que suffoque un peu son rôle
Ombragé par mes larges épaules
Oppressé par mes grands airs
Et si je sens la honte, empourprer des plumes au bec ce qu’il lui reste de jolie linotte
Je crante, m’irritant amusé de son incompétence,
Toute sa lâcheté sur le fusil de mon courage
Je le vois bien
Bien sûr trop faiblement parfois
Je l’entends
Dans les couloirs d’une maternité psychiatrique
Mon nombril déchirer le silence électrique
Crisser des dents
Sur les chapeaux de clown
Savez-vous, vous ?
Qu’un poète dit tout
Parfois aussi bien qu’un loup.
Savez-vous, vous
Que la lune est liquide
Et qu’elle coule dans les veines
Loin des pleurnicheries avides ?
Cribas10/11/2012


Commentaires
Je le savais bien que ce texte était apparu, éphèmère, qu'il avait disparu , et le voilà revenu....
Il est si beau celui-ci...
@Nath Merci à vous. Effectivement il a disparu, quelques jours, mais pour réapparaître inchangé, finalement. Sauf dans sa version audio...un détail. En réalité je me suis posé une question: ce texte ne risque-t-il pas de "déranger" les pudiques à pudicité auto-adaptative..?
"hahahaha"..c'est ainsi que j'ai fini par me répondre, et donc je l'ai remis en ligne.
"ça ne se dit pas tout" mais, le poète. Puisque tout est toujours, à redire ?...
Il déverse ses images à tombeau ouvert, ce texte...De quoi se faire tout un cinéma. Des images interactives, juste esquissées mais qui forent et perforent à coeur ouvert. Dans ce champ lexical de douleur "loin des pleurnicheries avides", un cliquetis de talons aiguilles -alors flash Almodovar, l'enfant seul, un désespoir qui ne veut pas dormir, attendant le retour d'une mère aux "Talons lointains" - en bande son La Luna de Mecano dans les veines.
Des images perso en écho, qui ne masquent pas l'histoire sortie de la "trousse aux souvenirs", éphémère à vie. Une histoire avec juste ce qu'il faut d'ironie dans les gigognes, d'humour dans les deux roubles, pour garder ses distances avec l'émoi.
"Serait assez moins de moi?"
Ce texte dit tout, au plus... si près, de loin...
peut-être plus lisible avec un vert fluo, le rouge est assez mat, trop proche du noir peut-être^^ ( je dis ça, mais ça peut très bien être mes yeux et ma fainéantise aussi)
@imc Vous ne savez pas tirer gloire de vos qualités. Je ne m'en étonne qu'à peine. Votre fainéantise aurait bénéficié de plus de crédibilité si elle nous avait épargné vos deux lignes de commentaire. Comme quoi, l'immaturité, même feinte, n'apporte aucun panache...Non, ce n'est pas ça, mon vieux..!
ho mais je ne me shoote plus à la gloire depuis un certain temps et même le panache a ses limites - voyez donc bayrou-borloo -, et puis j'aime bien l'immaturité, surtout feinte, et le vert fluo aussi, et tout un tas d'autres trucs ne présentant positivement aucune espèce d'intérêt. en fait, quelle importance?
@ gmc "...peut-être plus lisible avec un vert fluo, le rouge est assez mat, trop proche du noir peut-être^^ ( je dis ça, mais ça peut très bien être mes yeux et ma fainéantise aussi)..."-gmc.
Puisque rien n'a d'importance, pourquoi tant de précisions?
(Une question inutile en vaut bien une autre.)
(Je prends les devants en répondant "non" à votre prochaine invitation qui devrait être: _Voulez-vous paradoxer jeune homme?. _Non, non vraiment, je suis très pris en ce moment, ne le prenez pas personnellement.)
le mobilier est toujours inflammable, pas de souci; néanmoins, il n'y a pas eu d'invitation à quoi que ce soit, pourquoi devrait-il s'en produire une?
Et c'est donc là que la conversation se passe? Débat terriblement passionnant, merci!!!
intense; et imagé... le passage à l'audio ajoute un "plus" par le ton...
bien à vous
RC
Amicalement. Vous êtes toujours le bienvenu ici.