Je le vois bien

 

Bien sûr trop fort parfois

 

Je l’entends

 

Sa mine de rien

 

Oui je le vois bien

 

Son passé sans vergogne

 

De poupée polonaise

 

Pas cigogne pour deux roubles

 

Ni gigogne plutôt sans double

 

Aux longues jambes aiguilles

 

Marquant pour les coqs de seize heures

 

Sa chienne lascive de jeunesse

 

Oui je l’entends bien

 

Quand elle révise sa paresse :

 

« C’est la vie on n’y peut rien »

 

 

 

Savez-vous, vous ?

 

Que ça ne se dit pas

 

Tout ?

 

Tout émoi éloigné de moi

 

Ce qu’il resterait

 

Serait alors assez moins de moi ?

 

 

 

Parfois pour tout lui dire

 

Je l’appelle

 

Je lui fais des petits trous

 

Dans son grand flou au cœur

 

Avec ce que je trouve dans ma trousse à souvenirs ;

 

 

 

Des aiguilles à remuer les plaies

 

En dose d’acupuncteur

 

Et jusqu’à leur tête d’homme

 

Je lui torture mon enfance dans les chairs

 

Afin que suffoque un peu son rôle

 

Ombragé par mes larges épaules

 

Oppressé par mes grands airs

 

Et si je sens la honte, empourprer des plumes au bec ce qu’il lui reste de jolie linotte

 

Je crante, m’irritant amusé de son incompétence,

 

Toute sa lâcheté sur le fusil de mon courage

 

 

 

Je le vois bien

 

Bien sûr trop faiblement parfois

 

Je l’entends

 

Dans les couloirs d’une maternité psychiatrique

 

Mon nombril déchirer le silence électrique

 

Crisser des dents

 

Sur les chapeaux de clown

 

 

 

Savez-vous, vous ?

 

Qu’un poète dit tout

 

Parfois aussi bien qu’un loup.

 

Savez-vous, vous

 

Que la lune est liquide

 

Et qu’elle coule dans les veines

 

Loin des pleurnicheries avides ?

 

 

 

 

 

 

Cribas10/11/2012