Exterminé par les non sens et les vérités caduques, j’observe aujourd’hui  le dernier instant sans

méditation de mon existence. Atterré.

Est-il nécessaire de dire encore...rien n’est nécessaire.

 

Cisaillé par la colère, dévoré par la rage, rongé par le manque d’amour. Civière. Brancard recouvert

d’un drap. Dans ma rue par un beau matin. Au revoir mes frères. Au revoir mes sœurs. Non. Pas de frères. Pas de sœurs. Quelques compagnons de souffrance que je laisse à leurs suites.

Nous ne nous reverrons pas, ou alors nous ne le saurons pas ?

 

Ici c’est le monde. Ici, gît le rêve d’une humanité. Ces derniers temps, les temps ont changé. Et ce n’est pas le discours nouvellement optimiste de ceux qui découvrent lentement un nouvel espace de

bonheur intérieur, qui va optimiser la solidarité possible. Vieux rêves humains. Utopie des beaux

jours, des temps anciens. Personne n’ose plus regarder derrière, tant le souffle atomique du soleil nous lèche les souvenirs, nous brûle avec les rayons de sa mâchoire du passé qui rattrape.

 

Enterrés avec sa recherche de vérité, l’humanité, et moi d’abord, songeons dans le silence éternel.

Ce n’est pas un rêve, pas un repos, songe n’est pas le mot. Point final est la sensation. La dernière

avant le grand vide.

 

Voyons par ici, ce que ça donne, la mort.

 

 

Oui tu aimerais savoir. J’aimerais aussi. Je saurais, une micro seconde. Ensuite tout sera oublié. Enfin

le grand vide. Ce n’est pas effrayant. Il n’y a que la douleur qui fait vraiment mal.

Atterré car ici rien ne vit. Que peut donc être la suite, dans ces conditions.

Un brancard ne sent pas le souffre. Une civière n’est pas un moyen de transport vers le paradis.

Ne regarde pas derrière, car c’est là que tout s’arrête. C’est ce qu’ils disent.

Les fous ! Devant aussi, il y a déjà de lointains souvenirs.

 

 

Rongé, oui rongé. Rongé sans fin, sans frein. La tristesse n’est pas de retour, elle retire son voile. Elle

est plus laide que jamais, de tout ce temps passé dans l’ombre. Le soleil n’a pas manqué. Il brûle

toujours autant. Mais il vit. Il vit. Il vide de tout le soleil. Il est le seul étranger qu’on regarde dans les

yeux pour s’amuser.

 

 

Le soleil n’est peut-être pas un étranger. Et si c’était mon père, comme avant, lorsqu’on avait encore

des dieux bienveillants, justes, un peu moins caches-misère qu’aujourd’hui.

 

 

Oui, le soleil est mon père. Face à face. Oui, je le veux. La lune est sournoise. Face cachée !

Inutile de chercher un message, ou une psychologie derrière ces lignes. On parle des astres.

Sinistre existence qui pourtant sent bien la chaleur qui caresse sa peau. Le père aussi, manque. Les

caresses du soleil. Une vie en enfer et tu sauras. Le prix à payer vaut il ces vieux bouts de chandelles

qui n’éclairent finalement pas grand chose. Ne vaut-il pas mieux recevoir quelques caresses

brûlantes, puis être fort comme un fils du ciel.

 

 

Dévoré par la rage, par sa lumière, celle qui aimante, celle qui n’aime pas car elle sait qu’on va tous

vers elle. La lumière, au bout du couloir.

 

 

Alors qu’ici, le tunnel est à ciel ouvert.

 

 

Exterminé par les non sens et les vérités caduques, j’observe aujourd’hui quelques minutes de

silence.

 

Et mon âme, mon âme me revient.

 

Le soleil, oui le soleil je me souviens. Juste est le soleil. Il ouvre les yeux en grand. Je vis de sa lumière.

Il est plus qu’un père. Je n’ai pas besoin de père ici-bas, mon père est là haut dans le ciel. On dit

parfois que je suis perché. Je tais mon secret. Je laisse dire.

 

 

Et toi ? Que vas-tu faire ? Où vas tu fuir -regarder la lumière-  avec moi, regarder la lumière ?

Laquelle choisis-tu ?

 

Décide maintenant.

 

Mon âme, mon âme me revient. Le soleil blanc d'hiver est mort, vive le soleil !

 

 

 

 

 

 

Cribas 10.03.2013