Comment leur avouer ma haine

Ma colère mon besoin de tendresse

Comment leur expliquer qu’ici ma paresse

A fait de moi la recrue des histoires vaines

A rompu en moi les vieilles recettes

Dans des grimoires piégés où la sagesse se la pète

Comment leur avouer sans leur dire

Mais leur dire pour ressembler à un dernier aveu

J’ai tout essayé, et de l’amour au pire

Et tout a failli, tressauté, même le torse bombé

Non jamais un homme, même au musée de cire

N’a ressemblé à l’enfant de putain

Multiple du génie

Qu’a enfanté ma mère pourtant sans l’air hautain

Que traînent ma lâche agonie

Ma vie lente sur les bords

Mon silence plein des forêts du nord

Et tous ces mensonges aguerris

Aux salons cadenassés où s’efforce l’inculture

Dans lesquels je ne lâche jamais qu’une insulte ou deux

Avant de retrouver la bonne souillure autrefois impie

De mes putes préférées

En solitude sur un canapé

Pleines de ma justesse et de nos crédulités précises ;

 

Comment leur avouer mon système de pensées

Aux rouages écarlates mortifiés dans le fossé

Comment leur jurer que mon grand canyon existe

Que mon existence vit, c’est comme ça

A plus grandes foulées

Que j’existe la rage pleine et défoulée

Qu’un jour comme aujourd’hui je peux m’en aller

Sans donner d’ordres et sans chauffeur

Simplement jusqu’à la mort sous le bras ma tête enroulée

Comment leur dire mon génie

Cent donneurs d’orbes au centième de chaleur

Dans une époque où l’on ignore ce qui hennit

Dans un monde où l’on oublie que la vache c’est du boeuf

Comment du coq à l’ignorant

Lorsque l’ignorant a les yeux intelligents d’un porc

Et que le buffet on lui peint des yeux

Pour ressembler à un animal mort

Mais pas trop pour que ça se mange encore un peu

Comment dans un monde à court terme

Puis-je écrire aussi fort que mes longs vers

 

Comment me vouer à leurs veines

Après maître écoulé dans les miennes

J’aimerais qu’on me tue en secret

Et surtout par derrière

Sans que je n’en sache plus que la vérité

Comment débrancher mon baptême arrosé

Par les miens donc les autres

Mon enfance usée par mille fautes

A observer le foutre bipède des bites raides

L’enfance naît comme un rot

Mais n’existe que dans la naïveté éloignée des moroses

En dessinant l’amour avec des fleurs grossières

Alanguie devant ce rêve qui plus tard fera gros dos

Devant l’éternelle poussière au final

Comme ces feux d’artifices qui emmerdent en général

Sauf ces deux trois gosses déjà dans la boue des fosses

Une rose minable aux phalanges

Comme leurs vies futures mélangées d’écritures orales

Où les bouquets de roses, où les nécroses d’anges

 

Comment désavouer l’amour en moi

Cet étranger qui a pourri  en s’accrochant à mon bras

En crochetant ma cabane chagrin

Planant au-dessus de mon jardin secret

Comment leur avouer ma gêne

Par le trou de serrure où le vide hurle seul

Car mes amies sont les plus seules

Car mes amis ne le sont plus depuis qu’ils sont leurs maris

Comment avouer qu’homme ou femme

Je suis la femelle ou le mâle

Caméléon plein de charmes

Je me souviens de l’abandon et du rappel des larmes

Qu’elles me fassent du pied

Ou qu’ils me courent après

Je sens partout où je m’assieds

Que l’amour en vers est le seul qui dit vrai

Comment avouer au cimetière

A son gardien projecteur

Qu’on ne vient qu’en phare, en visiteur

Qu’on gratte s’il le faut de la vie en enfer

Pour voir, pour voir

Ce que vaut la vie avant sa fin toute entière

 

Ils s’aiment mais se compliquent la stèle

Tous ces cons poétiques, voire intellectuels

J’aimerais les voir vers la fin

Un pied dans la tombe

Un alexandrin m’implorant pitié

Je suis un maître

Misanthrope vrai, aimé d’une philanthrope

J’ai des vers meilleurs, des roses moins vermillon

Pour assurer ses fins de mois, ses désirs de lycanthrope

Et j’ai aussi de jeunes salopes

Enfin une dernière, sur elle un peu plus propre

Pour définir ma faim de loup éventré

Car le ventre enfin

Enfin le mien

A des soubresauts qui annoncent d’instinct mon entrée

En enfer enfin

Comment m’avouer à la fin

La bible ma donné faim

 

Comment avouer

Que j’ai détesté tout le monde

Mais que je l’ai aimé

Le rapiéçant comme tout le monde

Comment avouer

Que je l’ai décrit, le monde

Et que mes taches d’encre

C’est pas ma faute c’est la carotte

Lorsque sa tâche est d’encre

Que le voyage est d’ancre

Que la rage est d’enclume

Que chante la conque dans une plume

Et que le désert

L’océan, les rats à ravir

On les a envolés comme on navigue

Car un don est un donc

Et donc mon don dont on a ri

A ri du merdier

Où les premiers sont bien les premiers

Et les derniers

Sont comme des cons.

 

J’ai avoué ma haine

Mon besoin de tendresse

De tendreté de jeunesse

Mais parler de viande ça gêne

 

J’ai rompu en moi

La connerie que je connaissais

Elles se sont foutues de moi

Prenant le temps de me détester

 

Je suis drôle aujourd’hui

Comme un clown effraie la nuit

Laisse-moi crever cette nuit

J’en ai assez d’essayer ma vie

 

J’ai renoué mes veines

Mais elles sont trop vaines

Elles supplient une héroïne

A l’heure de la cocaïne...

 

 

 

 

Cribas  27.03.2013