Si t’avais appris à te taire

Tu n’en serais pas là

T’aurais pu te tuer

Plutôt qu’être comme un bout de bois

Dans ta vie, terré

T’as l’air fin avec tes discours

Ton esprit d’ouverture

T’aurais pu être plus dur en amour

Tirer à toi la couverture

Même pas fichu d’être un vautour

T’as l’air malin avec ta foutue vertu

Attachée à toi et toi au piquet

Et les oies sans vergogne

Ces oies sont de malheur

Font de toi un homme sans cœur

Juste après leur jeu de cigogne

Sans conter leur esprit gigogne

Sans compter qu’à la fin tu marmonnes

T’as l’air fin avec ta tronche fruitée

Pour une figue t’es devenu une pauvre pomme

Compte pas sur moi pour avoir pitié

Tu ne l’as pas demandé ta vie de cadavre en homme

Non tu l’as quémandée

T’avais si peur d’être un tout seul, un petit bonhomme

Non mais regarde-toi l’amandier

Seul sur ta vague

Harnaché à ta coque de noix

T’appelles ça naviguer en paix

Habiter dans une bicoque où la loi

C’est l’aboi du marché, la foire de celles qui s’habillent

Et parfois t’empoignent pour le dernier mot d’ordre

T’appelles ça vivre toi, de droite à gauche

De bas en haut, d’être balloté en diagonale comme une bille ?

Pauvre mec, et tout ça pour les filles !

Si t’avais appris à t’en faire

A t’en faire de ta vie un enfer différent

T’en serais pas là aujourd’hui

T’aurais pu te tuer bien avant

De l’avoir devant toi tout le temps

Celui qui te fait de l’ombre et sans cesse plus de vent

T’aurais pu crever avant tu entends

Si t’avais compris que même enragé t’es différent

Et qu’avec ton couteau entre les dents

Il n’y a pas de bave aux commissures de tes lèvres

Non, seulement du sang,

Celui de ton âme devant les commissaires

Ou ces commises heureuses en tout genre cerbère

Tous ces agents sérieux, et leurs agentes de textures

Qui foutent ta vie en l’air à vendre leur enfer aux autres

A se fendre d’enfants comme une culotte on l’ôte

T’es toujours raisonnable, jamais culotté

Il n’y a que dans ta tête que c’est une fable

Ta vie d’idiot, et d’affable et de forçat ;

Uniquement dans ton rêve que s’évite la déculottée

Vie et rime sont faciles tu prends vite une branlée

En ignorant d’apprendre que s’épouillent les rats

Tu n’as pas pu te pendre à veni vidi mon gars

T’as cherché vici à quatorze heures

Et ta porte restée clouée de l’intérieur

Cloître un garde-fou, je suis comme toi et quelques amuseurs

Sans vice au porte-clés

On se demande pourquoi

Et avec quelle grenade d’humanité

On ouvrira en grand, on s’explosera

On en serait pas là

On aurait pu s’entretuer entre fusilleurs à lunettes éméchées

Pour montrer qu’en free-lance, on peut tous être tueur-né

Plutôt qu’être des troncs d’arbres émiettés

Pour ceux qui ne font pas la différence

Entre un bout de bois strié

Et nos fronts ridés par l’expression commune de nos mines

Si j’avais appris à me frayer un chemin dans les tranchées

J’aurais pu sauter sur un crime, te tuer pour te rassembler

Et tu n’en serais pas là

Ta vie serait terrée

T’as l’air fin avec ta haine qui a du cœur

Et au fond de toi un homme cherchant son chœur

T’as l’air malin

Maintenant atterré, désolé, avec ton terrain d’ouverture

Et tes beaux discours encore tièdes sous les couvertures

Où traînent quelques dernières femelles

A jupes, à robes, et dupes par jeu comme au temps des sels

J’ai l’air plus fin avec mes discours

Plus fort avec la simplicité de mon parcours

Si t’avais appris à te taire

Si j’avais appris à me taire

Mon ennemi, pour laquelle s’en faire 

De nos dérisions solides

Nos préférées sont de glace et d’enfer

J’aurais pu te tuer sans raison

Si j’avais comme toi, ce grenier, cette maison

Mes souvenirs sont en moi

Tu coches des impôts, cartographies ta cave à pommes.

J’habite une bicoque où elles fondent sur ma loi

Je suis fichu comme un faucon, à la main un glaive de Rome

Résident très ancien où les rigoles pissent le sang

On se ressemble, toi ma vie d’idiot !

J’appelle ça naviguer en paix

Certes

Sesterces menottés

Mon profil prend l’eau

 T’appelles ça naviguer en paix

 

Je dis que rien

Tu prends tout au sérieux

La poésie dit tout

Est pour elle rien n’est trop sérieux.





 

 

 

 

Cribas  06.04.2013