Mille enfants debout

Un peu plus chaque jour

 

Des graines dans des ventres debout

Des bouts d’homme s’égrènent

Et parmi des milliards

Toutes ces larmes à bout

Insultant le hasard

Plus que la chaux vive subie

Subitement

Ensevelissant des nourrissons

Aussi vite que ces bites

Qui se sont servi leur propre poison

 

Leur inutilité subite

 

Enfanter c’est toute une chimie

Un rite mieux connu que l’amour

Aimer est une putain d’alchimie

Un secret pour toujours

Et parfois à jamais

 

Mais mille enfants en partance

Partis de rien, deux bouts de tout

Debout encore je me demande

D’où je viens

Car toujours je quémande

La réponse à la question des liens

Pourquoi je n’ose autour de mon cou

Lier la corde

Qui lirait, relirait, hurlerait chanterait

Mon existence haut et fort

Contant jusqu’à mon dernier cri

Et le peu de vie

Que le premier m’a accordé

 

Dites moi, dites-moi que ma musique

Qu’au moins, je l’accorde ma musique

Dites-moi qu’il est vrai

Et qu’avant tout il est possible

L’effaceur sur la tempe de mes vers à la craie

Est-il juste, suis-je mon sujet,

Vraiment quelle est l’inquiétude

Du poète électronique ?

 

Le fleuve de mes erreurs* est à sec

Et mon foie bave

Pourquoi qu’ils boivent autant

Ces crétins à chaque phrase

Ces débiles qu’enfant on prend au mot

Pris au piège d’une étendue dévastée

Autrefois étang si vaste

Le temps est devenu une invasion

De questions pour un con

 

J’ai l’impression d’avoir été pêché

 

Un jour alcoolisé

Une nuit polarisée comme un lit la tête vers le nord

Bref dans le noir

Par l’inventeur du fils à souder le beurre

Et la fille-mère du lit en portefeuille

 

Suis-je né parmi des feuilles d’orties ornant des nénuphars

Ou pêché à la mouche

Dans un lac dégueulasse de Sodome au court bouillon ?

 

Je crève enfin debout

Mes mille mémoires à genoux

Si tu lèves à la fin

Tes pupilles grandes, et rondes, tes yeux pleins

Sur mes vers comme si tu lisais la sève de ta vie, ton existence la moue à la main

Dans les miennes serre ta main

J’entends ce que tu diras demain

Les rimes ne servent à rien

Mais d’un rien on mime les chiens

 

C’est dans l’air

Epoque, ère, reclus à l’intérieur de notre chimère

Condition humaine tenue par la crinière

Déséquilibrée et retenue à peine sur la psychanalyse de sa civière

Spirale en enfer

Œillères et minerves

Mille fronts debout

Par jour

Et même ceux qui naissent pour s’énerver aujourd’hui

On les fait taire avec de l’or

Ou l’on étouffe leurs vers

En écrasant leurs scorpions

Comme de vulgaires orvets

 

Que deviens-je et où je vais

Puisque je viens de rien

C’est là où je m’en vais.

 

Aucune résistance

Aucune idéologie

En instance

Il ne sert à rien de rêver d’enfance

 

Et pourtant comme un rêve mené à bout

Chaque jour un million d’enfants mis debout à bout...

 

 

 

Cribas 11.04.2013


*Mille excuses