Finalement j'ai choisi, un défi résonnant avec l'un des fils conducteurs de notre dernière conversation.

La pudeur, en amour comme en amitié. Mais surtout, la pudeur. Juste la pudeur qui, observée dans notre époque, donne de la matière, donne du refrain aux théories des théoriciens qui théorisent, et qui terrorisent aussi, un peu, parfois.

 

La pudeur aurait disparu, avec l'affichage des snacks et menus variés, sur les pages Twitter.

 

La pudeur aurait disparu, avec le partage de sex-tape (tapes sur les fesses avec un sexe énoôorme, pour les non initiés) entre gens normaux (Considérés comme tels avant l'arrivée d'internet dans leur vie sexuelle, qui se limitait alors à l'indéfectible règle demandant l'extinction des feux, afin de ne pas courir le risque de cramer la couverture d'une fesse missionnaire en mission.)

 

J'affronte ici ma pudeur, en commettant pour vous mais publiquement -mon héroïsme saura tout de même rester modeste quand le mot "publiquement" signifie ici "public extrêmement restreint"- un texte dans un style que j'affectionne. Une digression deux digressions, qui nous font trois digressions.

Mais avant tout, je dois m'assurer que vous vous êtes reconnue.

Bien sûr que vous vous connaissez.

 

Juste pour les autres, un indice. Pas dans le but que vous soyez découverte. Non, c'est plutôt pour éliminer celle qui ne lirait qu'entre les lignes pour dénicher LA ligne où mon vers la pénètre jusqu'au frisson.

 

Donc un indice, pour que vous soyez assurée d'être vous-même définitivement, mais sans plus ignorer que mes digressions sont tout autant roses que fumiers, roses d'un fumier, roses trônant sur un bouquet de roses, sur un bouquet de fumier, fumier rose, bouquet de roses sur un fumier de roses.

 

L'indice est clair, mais c'est aussi l'indice le plus improbable (car bien trop fréquent, et donc probable, dans les milieux où les images se limitent à appeler un chat un chat, et une chienne une chienne) le plus improbable donc, que je puisse trouver au moment où je m'apprête à introduire dans votre bouche, une lecture dont je sais que la langue, experte, excite vos papilles mot à mot, lorsque ces derniers, sous votre langue à vous cette fois, prennent une dernière inspiration avant l'élan final qui pousse votre voix sur ma voie, et c'est un autre souffle pour une autre précision.

L'indice a failli s'engoncer et disparaître, comme ça devant nous, dans la spirale déstructurée par la dispersion des digressions.

 

L'indice, donc, est diableSSe, pour les deux s du double six de 66. Je conçois que l'on puisse penser que c'est tirer par les cheveux qu'on vient de couper en quatre, un indice si pauvre.

Mais je vous le dis, il est si flagrant pour vous, et si peu parlant, pour les milliers de lecteurs publics que nous n'avons pas.

 

Je reconnais volontiers que les rares (de 1,5 à 3,7) lecteurs, rares mais lecteurs de qualité -ils viennent ici pour lire de la qualité- , avec de la chance et la même quantité de curiosité, pourraient vous reconnaître, et ainsi, j'imagine toujours le pire, se retrouveraient en possession d'une information gênante sur vos mœurs et vos fréquentations.

 

Mais les mœurs vous savez. Faut profiter de la vie! On ne mœurs qu'une fois.

C'est le genre de ligne dont je pourrais vraiment me passer. Surtout lorsque je vous écris en public, impudique.

C'est aussi, le genre de lignes dont je pourrais me passer ici, à moins qu'elle ne me serve à pointer le bout du nez, d'un sujet, difficile,  au point, qu'il entrecoupe, qu'il souffle des pauses longues alors que le rythme est en diableSSe.

L'une de ces annonces pour lesquelles il n'existe pas de faire-part.

Une de ces nouvelles qui lorsqu'elle a du mal à s'exprimer, conditionne le temps, le compresse à si haute pression, que l'instant n'est plus qu'intensité, le corps n'est plus qu'une présence sourde comme s'il pressentait qu'il devait se préparer à l'explosion annoncée maintenant par un acouphène strident  rappelant le sifflement d'un obus de mort en approche.

 

Une de ces annonces fleur, qui ne dévoile son message qu'une fois dans le cœur du coquelicot, après avoir crapahuté sur une tige si magique qu'elle pensait comme un haricot.

Une de ces annonces qui traîne en longueur et n'a d'entraînante, que la syntaxe exercée en légère pression sur des points précis de mes lacunes, tellement visibles dans la sobriété, et toutes frappées du poinçon de mes vieilles paresses entêtées.

Vous voilà donc, amie, sans faire-part mais avec faire-peur, comme l'annonce qui ne vient pas. Digressions.

Vous savez tout, je me sers de vous pour m'exercer, je vous donne le rôle de prétexte.

Mais après le travail, la poésie.

Passons donc, vous voulez bien, à un peu de contenu, à ce qu'il se passe après l'introduction.

 

 

C'est vrai que pour une seconde lettre ouverte à ma seconde plus ancienne lectrice, à l'amie-muse,(quel indice 1/10 à celui qui ne vous reconnait pas) la muse-amie, l'e-muse3.0 -muse, n'est ce pas devenu un terme que plus personne ne comprend ?- ça manque d'actions, de révélations, de croustillances. J'en imagine un grand nombre parmi les égarés ici, qui ne seront jamais parvenus jusqu'à ces lignes.

Voici la nuit venue, bien tombée même. La fatigue fournit une excuse à mon activité favorite, la procrastination.

 

Quelques heures ont passé. Et c'est en ce début d'après-midi qui me sert aujourd'hui de douce matinée, que j'explore déjà, caféine au travail jouant son rôle de starter pour la machine qu'utilisent mes pensées confuses, les prochaines pistes, les futures digressions que je vais poser ici. Cette machine dans ma tête.

 

En parlant de tête, ou de machine, j'ai en tête une machine dont je voudrais vous parler. C'est cette seconde machine vous savez. Celle qui, lorsqu'elle est branchée à la place de celle qui me pense, fait de moi une bête. Alors je ne suis plus qu'une bête machine à machiner. Sans pensées. La plupart du temps.

Vous me connaissez depuis longtemps maintenant. Je crois même que nous pouvons dire tous les deux, sans prendre de risques -la mesure du risque c'est de toute façon une forme d'analyse que nous ignorons, cette lacune est à mon sens le résultat d'un manque de peinture blanche au moment où ont été tracées les lignes entre l'enfance et le monde adulte, sur l'autoroute à deux voies où se convoie la bêtise humaine- que nous nous savons un peu. Et je ne dis pas ça pour vous frotter le dos, ou vous passer la pommade.

 

Vous savez à quel point, vous le saviez avant moi j'en ai le profond sentiment, cette machine à machiner des machines donc, qui ne fait de moi plus qu'un mâle à ressorts, lorsque je la ressors, est, en même temps qu'un réservoir de poésie parfois, le hachoir parfait de mes automutilations affectives, tocs pour de vrai.

Procrastination.

Je reviens plus tard.

 

Et voici le soir. Un nouveau soir. Une nouvelle nuit en compagnie de la promesse que je vous ai faite de vous écrire une lettre aussi longue et complète qu'elle vous fera oublier toutes celles que vous n'avez pas reçues depuis trois années à cause de mes immobilisations blanches. Entendre page blanche.

Mais surtout, n'entendez pas dans promesse, effort de ma part. Je ne demande pas mieux, que ma plume maîtresse me sorte. Au bout de moi, au fond de tout, ou devant l'écran de l'oscilloscope qui déchiffre les données récupérées par la sonde connectée directement à votre caméléon.

Il y a quelques jours, vous m'avez exprimé votre ressenti à la lecture du dernier texte que je vous ai dédié. Je suis de votre avis, je ne peux le nier. Je vous démontre peu que notre amitié, qui est maintenant aussi âgée qu'un enfant qui entrerait au collège, est importante pour moi.

Importante, c'est pour la formule.

Notre rencontre, de prime abord improbable, a rapidement pris le tournant incontrôlable de la relation rare, intelligente, et qui, si elle n'a pas viré "Histoire d'Ô" -parce que je n'étais pas chô- a coulé de source pour nous deux très vite. A cette époque d'ailleurs, vous aviez du mal à prononcer deux phrases sans disserter sur l'aspect incontrôlable de nos existences, à tous.

Je me cacherai derrière la pudeur, et j'éviterai de rapporter ici comment deux êtres, seuls, peuvent réduire un petit appartement parisien, à un lieu de débauches. Bref une impeccable, gracieuse et folle rencontre.

 

 Et d'ailleurs j'aime préciser que cette rencontre a eu lieu sur le net, d'abord, avant que d'irréel nous passions rapidement IRL, à une époque ou un très grand nombre de gens sérieux, normaux, moraux, et cons dans leur quasi globalité -cons de peur pour les autres- prétendaient sans savoir que sur le net on ne rencontrait que des tares. Bien moins depuis qu'ils sont repartis à leurs occupations routinières, c'est à dire chercher et trouver dans la société, des causes pas trop dangereuses, et ce dans le but de les vendre aux médias en leur présentant le reflet d'un miroir grossissant.

 

Idéale transition pour en revenir à ma machine à machiner des machines. Que nous appellerons d'ailleurs désormais plus simplement, machin à machines.

Vous le savez depuis quand? Depuis toujours je crois, que c'est mon talon d'aiguille, les machines.

Mais vous avez compris aussi très tôt, que si j'aimais les machiner avec mon schtroumpf, je veux dire les schtroumpfer avec mon machin ("..et je les scie, à l'aide mon barreau -elle n'est pas laide-..." Poésiphonie "Partage"), c'était surtout de savoir si elles avaient un cœur qui me hantait. J'aurais pu écrire :"qui me turlupinait". Mais je vous en ai tellement dit en dix années -ou plus?- que vous n'ignorez pas non plus que je n'ai pas eu la chance d'en rencontrer beaucoup, des machines qui m'ont turluté pour un mémorable souvenir de vieux, de rose et de pine, comme l'un de ceux peut-être, dont on se souvient dans nos vieux jours, lors d'un matin raide, et rare. La vieillesse c'est difficile, mais dure, je ne le crois pas.

Ecrire des mots comme vieillesse, raideur en rade, et souvenir mémorable de ma pine, ça me fait immédiatement penser à un sujet que nous n'avons que peu abordé, mais il est là je ne l'ignore pas, en suspension, chaque matin dans la vapeur tiède de nos salles de bains respectivement séparées d'un bon nombre de milliers de kilomètres il me semble, ce sujet l'Amérique. Pas ce pays où vous avez choisi de vivre il y a une trentaine d'années, non, je parle de Notre Amérique; c'est l'Amérique, vous voyez.

Celle que vous imaginez aussi, pour nos vieux jours, lorsque nuages et ciel vous sont optimistes - ou alors durant les nuits que choisissent les bêtises et autres incessantes conneries quotidiennes pour débriefer lâchement votre désarroi, parfois, devant le spectacle des Hommes, et cela en écoutant à la porte de service de la salle synaptique de réunion où débattent les neurones cadres de vos subconscients et inconscients, sur-mécanisés pour des reprises automatiques sur le réel, ce qui inévitablement, à cause des tournoiements, bouillonnements et autres péripéties que le cœur envoie sous forme de pression araignée, décrète l'état d'insomnie étoilée, vous condamnant à un tissage de nouvelles toiles .

Le poète et sa muse terminant leurs vies devant l'âtre moderne, comme creusé directement dans  l'envoûtante atmosphère d'un salon dessiné pour y ressentir la sensation la plus fidèle qu'il soit, d'avoir été invités à vivre dans un coin reculé du monde dont personne ne connait les fréquences de matérialisation, et où la respiration enivrante est un oxygène naturellement riche en paix inconditionnelle.

Vieillir, loin des militants de tous poils. Loin des cœurs tout secs, et déchirés, et en laisse avec ça. Loin d'un monde enrubanné de chiffres, parce qu'on l'aura déchiffré depuis belle lurette et rebelles lunettes, leur chiffre-monde pour chiffes molles, bandits de grand dédain, religieux immolateurs et mollahs irréligieux.

 

Le poète rangé des diables et repenti du paradis avec l'amie-muse diableSSe, non croyante mais croyeuse en un Homme bon à la fin -c'est qu'on doit être vraiment au tout début- , éleveuse d'âmes écorchées et cultiveuse non triste d'espoir de dernière minute, ensemble sous le même toit, en finissance de vie matérielle, à disserter sur la possible existence de l'âme, et donc sur la possibilité que, dans les régimes de gogos, de bananes,  on puisse un jour trouver le moyen de foutre ces vingt-et-un grammes au régime.

 

Non parce que, parenthèses, l'âme c'est bien le truc dont on ne sait pas bien à quoi ça sert, mais qui, quand elle est malade, nous emmerde parfois toute la vie. De plus, étant inconsistante, est féminine, elle n'est jamais prise au sérieux, (ou peut-être en mer, lorsque la poésie populaire soutient le moral du marin lors des disettes: "Les vers fixés, aux âmes sont...) et donc la maladie de l'âme non plus.

Digressions.

 

Mais avez-vous seulement imaginé ce que la noirceur installée au fond de mes yeux transmettra d'amertume à mes souvenirs de lâcheté lorsque, chaque jour de plus, de pluie ou de soleil, mes échecs tourneront au lucide. Et lorsque tous les vinaigres de mes désespoirs vieillis en fûts d'enragés, dissoudront, sur un coup de calcaire, les totems merveilleux que vous déposez à tous les coins de vie,

ces mots simples mais qui détiennent si simplement l'impossibilité pour un souvenir de perdre son label au fil du temps. Exemple, l'éclat d'un ruban rouge dans les cheveux d'une femme, ne sera plus qu'un ruban rouge sans éclat si un jour il arrive dans les mains de sa petite fille.

Mais si elle avait adoré mettre ce ruban dans ses cheveux, et qu'elle l'avait trouvé merveilleux, il ne serait certainement pas arrivé terne, jusqu'à la petite fille, puisqu'elle s'en serait certainement débarrassé, pour un autre, magnifique à nouveau, ou à neuf. Ma théorie -votre théorie- est que si l'on qualifie plus souvent les choses, de magnifiques, de merveilleuses choses, on finira par ne plus les voir, un jour, en choses magnifiques, ou en faits merveilleux. Parce que les choses ne restent pas magnifiques. Et les faits, eux, la plupart du temps, sont merveilleux parce qu'on le décide, parce qu'on le veut, que c'était prévu comme ça. Pour certains ils seront merveilleux, pour d'autres non. Et les autres comme ce sont souvent les mêmes et qu'ils se reconnaissent,  finissent aussi par reconnaître que les uns c'est eux et les autres devenant souvent les mêmes, eux c'est les autres. Enfin pas eux les uns, eux les autres.

Je semble ne pas prendre ça au sérieux. Mais non je vous ai déjà donné mon avis -on a parlé souvent de ce sujet je crois- je sais que vous avez raison.

Mais je résume, plus clairement: vous avez pris le parti de l'émerveillement, mais c'est surtout parce que vous vous émerveillez souvent. Peut-être un peu moins ces temps-ci?

N'omettons pas d'ajouter, en précision de la théorie: ça marche quand on le veut. On n'est pas obligé tout le temps.

Je ne moque pas. Je résume ici, rapidement, succinctement, l'une de vos règles de vie, pour laquelle, je ne note aucun degré d'impudeur. Cependant, je vous accorde que c'est d'après mon échelle de valeur.

C'est un texte où l'on peut digresser à l'envi. Même si le but est de tout de même conduire un fil en sous marin.

Je vous donne les règles, comme je pense que cela va devenir une correspondance. C'est une bonne idée, qui a germé, je ne sais plus, dans votre tête je crois?

Ah oui c'est ça je me souviens. Donc, pour que l'on s'en souvienne, cela s'est passé comme ça:

J'y avais songé déjà. Evidemment. Non mais c'est sérieux, il me semble qu'on a déjà voulu écrire dans "ces conditions" vous et moi.

Bref vous avez eu l'idée (femme), vous me l'avez soumise(femme), et moi je l'ai présentée au public, restreint,(homme).

Il faudra retirer le début de cette phrase. Les gens, restreints, ne sont pas intéressés par les détails techniques de la création. Il suffit que ma présentation apparaisse, avec mon nom afin qu'il ne se sente pas perdu, puisqu'il me situera.

Et surtout, en écrivant cette mauvaise blague de comptoir, je m'assure, ce à quoi je tiens, que perdure un certain mystère autour de mes positions sur les femmes -j'en connais un certain nombre, de femmes-. Misogyne, Cribas?

 

Je crois -non en fait j'en suis certain- qu'il est temps de clore cette première lettre.

L'idée d'une correspondance avec vous m'enchante. D'abord pour les raisons que vous connaissez, concernant notre proximité intellectuelle, évidente aujourd'hui après dix années (au moins?) que nous nous côtoyons. Ensuite, parce que le fait d'en avoir parlé à plusieurs reprises, sans que cela ne débouche sur une application concrète, cela donne, c'est mon sentiment, un attrait plus grand à la chose, qui peut désormais devenir intéressant (passionnant pour certains lecteurs qui aiment lire des correspondances?) pour d'autres que nous-mêmes.

Nous verrons. Le but premier est que cela soit un jeu, qui parvient à le rester.

Et maintenant, l'amie-muse, écrivez!

 

 

 Cribas 22.03.2016







Vous écrire, vous écrire, à vous, vous dont la crinière est tissée dans mes pages depuis des luxures, lettres parfumées, cachetées, tracées à la plume, surenchérissant aux empreintes sur mon espace publique, bien moins fréquenté que le vôtre. En vous proposant cette correspondance, encore toute émoustillée par des mots dont j’avais fait le deuil, il faut bien l’avouer, j’ai pris un peu d’avance, quelques années vraiment, mais fort heureusement rien qui ne soit à la portée de votre dragon. En deux coups d’accents, vous m’épinglez à nouveau au miroir, chienne d’un jouir, chienne de toujours. Pourtant, nous savons que les blessures nous façonnent à grands traits de sentences et que vous avez été témoin de celles qui ont excavé mes entrailles. Il n’est pas d’antidote à ce vide-là autre qu’aimer, même jusqu'à se perdre. Mais cette valse, à présent, vous la conduisez. Vous ciselez le marbre des mots pour en dégager l’enlacement, celui qui inverse mes reins. Vos lignes entrelacées aux miennes m’emmènent pour d’ivres balades, baisers de vers soufflés, les yeux en croix. Alors, il n'est d’autre que le vôtre, et mon étincelle préservée dans votre poésie d’ambre.



Aude 23.03.2016