J'ai entendu plusieurs chansons parlant de lui

Déplorant son absence, sa précoce disparition

Ou mesurant le vide à ses kilomètres de fuite

 

Des mélodies lancinantes sur des voix d'émotions

Imprimant aux refrains, une lenteur désarticulée

Pour ces années sans lui, morcelées d'occasions manquées

 

J'ai lu de beaux textes, et des auteurs inconnus

Des poèmes semblant suivre un rythme de légèreté

Musique pour les pieds, sur le pas lâche de sa cavale

 

Est-ce de toute beauté, l'art de déconstruire l'ignoble

J'ai moult amis ayant le leur, noyé dans le malt

L'évoquer invoque une moue vinaigre, sur leur teint pâle

 

Aussi sûr que le râle d'un clochard

Dans le bâillement de son vin d'hiver,

Mêle aux passants frôlés par d'éponymes courants d'air,

Autres proies fébriles anonyme des bruits de couloirs,

Sa gerbe acide en jets malhabiles volontairement épars

Ultime démonstration de sa vie tout en luttes intestines

 

Des balades en son nom ont parfois bercé mes ivresses

Ou dans l'infini drapé de paresse des matinées trop longues

Elles m'ont parfois joué si juste, la mélodie des cœurs sans clé

Qu'un appel à l'émeute a tremblé, dans toute la vallée de mon âme

Un seul clairon résonne, et le refuge entier de vos sagesses est dépeuplé

 

J'ai vomi, comme Flaubert pour le suicide de sa Bovary

Le jour où un ami, m'a conté la mièvrerie de ses retrouvailles avec lui

Je ne peux pas comme ils sont, tant me dégoûte l'innocence de certains pardons

 

Misérable conte moderne, épopée singulière de l'échec

Trou noir d'où émerge l'indiscipline magnétisante d'électrons libres ,

Je suis devenu ainsi, une chaise électrique

Suralimentée par l'électrolyse au féminin d'unicités anodines

Car sans lui, je me suis sans cesse échoué sur les mêmes rives

Celles où l'on aperçoit de loin, un drapeau aux couleurs de la force

J'ai compris, appris, découvert et mis à nu le véritable sexe du courage,

Finalement j'ai pris abri, en même temps que la liberté, sous drapeau féminin

 

Mon magnétisme d'épaules positives, repousse par piles entières les jalousies masculines

Devinant devant mon hologramme, l'interrupteur universel que je planque sous mon levi's

 

Ainsi, je suis devenu une chaise électrique

Pour celles qui, rechargées dans mes bras,

Espèrent la dureté de mon tribunal en s'asseyant sur mes genoux

Mon don est continu, et virevolte tendu, dans le sens de leur courant

Et ma cathode parvient avec brio à lisser le cuivre de leurs humeurs alternatives

 

 

Cesse d'emplir de larmes les empreintes que sa fuite a laissées sur ta route

Ces moulages liquides devraient servir à éteindre l'incendie

Et non à sculpter dans ton cœur de glace, une idole aux pieds de givre, dédiée à l'immobilisme

Ecoute, toi qui entends encore derrière mes vanités, entends le murmure et trouve le siège de la poésie. C'est un lieu qui intime des conseils, et n'ordonne jamais la sagesse. C'est un monde aérien, proche et pourtant si loin d'ici, si loin et pourtant si proche. C'est un lieu où l'essentiel devient visible pour les yeux. Les yeux de l'âme. Tu comprends déjà que tu ne trouveras pas cette plaine en ce monde. Car ce monde est plein de vide, et ce que tu cherches toi, c'est ce que ton vide emplit. Quelle place a investi ce vide? Ce manque, qui a rempli un vide, t'empêchant d'adonner cet espace à l'emplissage de ton choix, une autre chose ou peut-être, pour un autre. Un hôte enfin, que tu pourrais placer, sans l'angoisse qu'il se déplace autant que l'idole givrée, ou pire, sans la peur de tomber sur un hôte déplacé.

Traduis les nuages, lors de la prochaine hypothermie de ton âme. Tu sais ces jours où tout ce qui est, est laid.   -Un jour je te conterai l'histoire des jours où tout ce qui n'est pas, est lait-  

En dessinant les mots, on parvient parfois à être le ténor sur nos murmures.

Entends-moi, toi à qui mes vanités adressent de l'espoir et de la musique.

Il n'est pas obligation, qui n'ait de revers. Même en prenant le parti du hasard.

Si tu ériges l'idole de glace, elle t'apparaitra un jour en point de mire, à courte distance, sur la route verglacée que sera devenue la voie de ton destin.

 

Mais si tu choisis, en poésie, de tenter l'aventure en solo. En solo et en laissant l'absent à ses absences. Le manque de chaleur est une signature thermique connue chez les absents, même de leurs propres absences. Ils sont si fuyants qu'involontairement, parfois, ils ouvrent des failles temporelles donnant sur l'ère glacière.

 

Mais si tu choisis, même de survivre, avec son ombre en absence.

Tu n'écouteras plus les mielleuses chansonnettes, qui s'écoulent néanmoins comme des petites  larmes. Celui qui n'ignore pas que vivre, c'est aimer le goût du sel de la vie. Plus de destin verglacé.

Deviens Le premier homme de Camus. Déclare le brevet de tes armoiries. Plante ton nouvel arbre généalogique.

Ou comme Dali, n'en plante pas.

 

Donner la vie n'est pas permettre de naître.

Ainsi, sans lui, je suis né. Et plusieurs fois déjà.

 

 

 

 

Cribas 24.03.2016