Vous me répondez vite, beau et court.

A vous lire, un instant je me sens couronné du plomb de ma plume de soldat.

Son style en armure lourde, transmis par l'unique pouce opposable indexé à ma seule main adroite;

Celle qui presse le temps,

Effet

L'oppresse à fond de cale.

 

Posé sur une phalange majeure, poussé et tiré par l'index, le style haut la main, ma plume.

 

Stylo effaceur de mauvais jours, de traversées longues, mais immobiles et tristes.

Circonvolutions de la mélancolie noire,

que sa pointe étire en grands traits invisibles sur l'ancre de mon croiseur,

afin de la faire accroire,

lui laisser croire qu'elle a papier, inspiration dans les voies aériennes, et liberté en remontées mécaniques des mots traque.

Démocraties acides pour les artistes en lignes, palefreniers en herbe murmurants aux oreilles des chevauchées poétiques,

entraînées

entraînantes

Parfois en sonate.

Ou en treillis.

 

Vous me répondez vite, beau et court.

A vous lire, un instant ma plume contrebalance

Là, pile borderline, elle entend les hirondelles neuves, perfusées de printemps, piaillant de libérer la morgue des mots

Si nombreuses que leurs chants s'éparpillent comme des billes qui seraient libérées d'un grand trou large de leur filet soudain lacéré sec.

 

Et là, face borderline, je me sens encordé à la lourdeur de ma plume.

Style lourd, de la ritournelle aux pieds. Style godasse trouée.

Haut et court. J'aimerais me pendre à la potence de mes vers,

planches tendues et poutres suspendues débitées dans la grume de bois vers d'où j'ai été tiré, taillé, sculpté;

extrait du cœur d'un billot tel Pinocchio désatellisé ici-bas lune noire nuit pleine,

nu Terminator!

 

C'est ensuite l'écorce de cette même grume, encore, qui a servi à tanner la satanée carapace haute couture, que je porte systématiquement hors de ma geôle lorsque j'en cisaille les barres ozone, lignes de fuites cérébrales en balade essentielle.

 

Je me répands lyrique, envolées du cor mourant de mon âme musicienne qui se double. Trouble croche-pied à un rouble art - esthétisme qui ne vaut pas trompettes!

 

Je me reprends. Eclair et sondeur. Arc poétrique.

 

Vous me répondez vite, beau comme au premier acte de ma scène de vie, lorsque mon port de tête était la tête de pont du paquebot dans mon cœur.

Ou encore, lorsque paumé de l'amour tel un pommier n'ayant jamais tombé ses fruits,

je n'étais qu'un arbrisseau vierge de sentiment profond

et adolescent à vie au fil des printemps.

 

Court, comme l'esprit avec lequel je suspendais les scalpes d'éperdues, chevelures amoureuses délayant le parfum de l'air au rythme d'un seul bas déhanché après l'autre,

petite bateau, à moteur déjà

petite en bas tôt, trop tôt.

Et en sus petite, en bas tôt et à bâton rompu.

Un bas navigant d'ébats jusqu'à l'autre, et je décolle

mon regard d'une réalité claudicante et pied-bot.

 

Mes yeux zigzaguaient, sur ces jambes infinies qui à la longue glissaient un discret coup de rein en clin d'œil à mes coups de langue

Plus tard, ce vers dans les yeux du zig vaquera à l'envers. L'endroit ça va

ça vient le vers à l'envers glisse un coup de langue, en clin d'œil discret à mes coups de rein.

 

A-mi, muse vous êtes là, dans le dévers du décor, ou encore à l'envers.

Le baiser de la mante et du religieux

Religieusement mentholé, étrangement, ces langues enfin déliées qui ont pu se lier

Destin fou allier un jour, un autre la vie perd

La vie, de contraintes en contraires

De possible d'un cheveu et d'impossibles à coiffer sur le poteau.

Religieusement mentholé le venin-prière de l'amante et du religieux

Je suis venimeux

C'est dit dans vos prières

Dans ces poèmes où tout bat à l'envers, que je lirai bientôt.

 

 

Mes yeux zigzaguaient, sur ces jambes infinies qui à la longue glissaient un discret coup de rein en clin d'œil à mes coups de langue, m'intimant l'aube proche de notre exfiltration de ce quai de bateau fantasque, à condition que j'effraye en moi le mâle hoquetant et que je nous fraye une escapade dans le reflet d'un hublot de sortie.

 

Vous répondez vite, beau et court.

 

 

 

 

 

 

 

Cribas  02.04.16





Vite, le vol de l'instant saisi le verbe
Loin, le temps propre à la distance noue et renoue nos soies
Lent, le voyage de la peau au coeur, de l'œil à l'âme
Vaste, votre poésie en effleurescences d'images
Vie, votre élixir lumineux en bouche à bouche



Aude 07.04.16