Tu as la fin au ventre

Paraît que ça prévient avant

Qu'on le sent

Comme ça

Comme un verger qui ne donnera plus que des fleurs cette fois

Que ça grouille dans les tripes

Déjà

On sait qu'on crèvera tous de fin

Et plusieurs fois

En plusieurs fois parce qu'on meurt de l'autre

On quitte le navire

Oh non pas mille fois

Mais de vraies fois

Sans prévenir

Tout s'éteint un peu à chaque disparition

L'un redevient poussière

L'autre la mord

En serrant les dents

J'ai ta ligne de vie

Qui s'étire qui sillonne

Tout au creux de ma main

C'est encore un peu loin

La dernière crevasse

C'est comme ça

Paraît que ça prévient, l'instinct

La trouille dans les tripes

C'est pour après

Après qu'elles aient tremblé

D'une première arthrite, mes mains

C'est pas pour demain

On s'éteint un peu à chaque apparition

Inéluctable ça prévient

L'âme arrive au coeur; sensation.

Ce que tu as vu, lu, peint ce jour?

Une vision mauvaise

Sur l'écorce de tes paumes?

La réaction en chêne

D'un automnal sanglot?

Sur un mur imaginaire où l'on accroche les destins

Le tableau d'une vie à milles palettes

Brille encore autant que tes yeux éparpillés

De gamine écarquillant ses curiosités.

Ta flamme danse devant, et vrille

S'élance, s'agite, pour rappeler

Qu'elle seule encore y vacille.


C'était l'ombre de la vallée

Dans la brume;

Le chant faux d'un cygne égaré,

Volatilisé.




Cribas 18.10.2016