Ta souffrance est une image que ta parole disperse aux vents. Une leçon que tu dispenses par cœur. Le goût du sang s’écoulant le long des joues d’une folle, depuis son front, lorsqu’elle se tape la tête contre les murs.

 

Un seau d’une eau boueuse, qu’on aurait empli des larmes d’un crocodile, alors qu’une pirogue nonchalante sur le canal lui sortait par les yeux.

 

Mouvances vaseuses épiant la moindre occasion de s’ébrouer.

 

Si tu t’appelais Odile, la belle à faire. J’ajouterais j’adore les crocodiles, mais pas les crocs d’Odile.

Pas de chance, toi, tu t’appelles pas. Et te nommer souffrance, ça me ferait franchement mal !

Bonjour l’angoisse.

 

Sérieux, t’as vu la gueule de ta gueule quand tu souffres ?

On dirait un juron qui boude, dans la bouche d’un enfant à qui on apprend les vertus de la politesse.

 

J’ai pas d’expressions toute fête pour toi, comme celles que je balance à mes amis quand ils se prennent, juste un peu trop, pour des cervicales perchées se balançant sur les épaules d’un condamné qui tire la patte, vers le billot dans une minute.

Egos tristes à tanguer, confondant un simple mal de mer avec les frissons de la mort scarifiant jusqu’aux os.

 

Non pas pour toi.

 

Sûrement parce qu’on n’est pas amis.

Mes amis, ça leur arrive de rêver qu’ils vont mourir, je ne le nie pas. Mais j’en ai aucun qui crève, là, devant moi, d’une balle sourde mugissant de la cervelle.

Ca ne se fait pas. Un tel manque de respect.

 

Je vais te dire, ton mec, c’est un sale con. On peut le dire, et toi tu l’affirmes.

Je puis le confirmer.

Le genre de type qui te sort seulement quand tu le supplies. De toi à moi, t’as qu’à sortir toute seule, inviter une amie, au lieu d’attendre que le siècle dernier te prenne par la main dans la paume de ton mec. Mais bref.

 

J’allais dire, c’est important pour la suite, le genre de type donc, qui te sort seulement quand tu le supplies, et qui en sus, est original comme se faire une toile.

Et ça c’est quand il a réfléchi. Et bien sûr, comme il veut se la jouer « mec qui gère » et surtout pas « gars congère » (c’est toi qui lui en a intimé l’ordre) il commande les places sans consultation préalable de tes goûts inconnus, et vous vous tapez un navet, que lui en plus, il adore. Donc, pas d’échappatoire en caresses baladeuses ni baisers adolescents langoureusement gluants, non, dès le début du film, il entre dans son monde comme sa tête de con qui s’engonce dans ses épaules, et, de son rire gras en porte-voix, ignorant que pour être rentable un film se diffuse dans une salle pleine d’obscurs acteurs économiques, il s’éclate comme un pop corn, jusqu’au mot générique « FIN ». Bip bip bip…

 

Un Q.I de courgette, qui entretient sa culture générale en serre à navets, donc.

Une courgette qui nous sert connerie sur connerie, et plus de cinq fois par jour.

Une courgette néanmoins, qui dès qu’elle l’ouvre pour nous rendre son jus, te dessine une banane juste au-dessous du nez, et, on en revient à la joue rouge sang d’une folle, te farde les pommettes en fond de tomate.

 

Si j’étais vraiment méchant tu sais, je te dirais….

 

Méchant ? Ca, c’était bien avant, ou pendant, l’adolescence environ.

Maintenant, je n’en ai plus rien à foutre. Carrément depuis un bail de ces vies. Cette vie. Ces scènes de théâtre où ma place a été réservée par une ovulation si hasardeuse que je baille aux corneilles la plupart du temps ? Ah on est loin de Molière, en vérité. Ou beaucoup trop près, en vérités !

 

J’ouvre les vannes dès que me survient, mon avis critique. Taré !

 

Si j’étais vraiment méchant donc, je crois que là, je m’arrêterais. Par pitié. J’aurais encore un brin de compassion.

Mais c’est terminé. A force de fréquentations, de déceptions résultant des insignifiances en grappes de toupets, qu’on rencontre. Cons rencontrés. Au singulier devant le miroir, aussi.

Je plains les gentils, les naïfs avec un minimum d’intelligence optimisée.

Ce sont ceux qui finissent les plus déshumanisés.

 

Pardon, je pensais à voix haute. Par voie d’encre.

 

Donc.

Le navet et la tomate.

Tu sais ce que font deux légumes qui se rencontrent ?

Ils se font suer, ils se fondent du mal. Ils se concassent, se mettent en boîte. Ensuite ils se concentrent en une sorte d’ébullition, et de ce jus de cuisson, sort une famille ratatouille.

Une ribambelle d’heureux casse-couilles, en d’autres termes culinaires.

 

Tu comprends maintenant, pourquoi ta souffrance, je me dois d’en rire ?

Ma parole, tu comprends pourquoi je m’en claque le palais avec la langue ?

Parce qu’en s’échappant de la pression que tu lui as mis, en pétant une soupape, ce mec te sauve ma cocotte.

Nous sauve tous. Vous nous sauvez tous, nous tous, d’une immonde salade de fruits de plus en ce bas monde, s’en allant à Disneyland par un beau matin de dimanche ensoleillé, puis nous obligeant à boire son visqueux sirop sucré de si creux sourires aux yeux vides tout le reste de la semaine, sa givrante soupe de bonheur par packs entiers à chaque dîner !

Non merci !

Non vraiment merci ! Dieu merci, qu’il se soit barré !

Avec un peu de chance le prochain sera stérile, et votre bonheur vous en ferez des conserves dans l’intimité, au lieu de le faire fructifier en plein jour et pour tous.

 

Le bonheur, c’est comme la confiture, de coing! Ca vaut pas un pet, té..! Beurré, ça passe toujours mieux.

 

Ta souffrance, ton incapacité, ainsi que celle de tes semblables, à te penser seule, m’étouffe.

Ton impossibilité flagrante à panser seule, ta solitude de toute façon, me surpeuple.

 

 

 

 

 

Cribas 31.10.2016