De l’air

J’ai de l’air

Après un suffocant trimestre,

A emplir l’air de rien d'une sourde colère

Mon thorax bombé

 

 

De l’air

J’ai de l’air

Mais j’ai frôlé l’asphyxie au fond

Du bol d’air fêlé que trimbale la peur hissée sur un chapeau pointu,

Quand elle compte ses lâches et les passe en revue.

 

 

De l’air

J’ai de l’air

Mais, et c’est bien ma veine, le flot suroxygéné bleu de mon dépit ondule comme un fleuve roulant sous mes artères

Puis hérisse son signal en modulation de frissons sur l’antenne de ma peau stationnaire

La réception est nette. La lucidité frappée d’un fort éclair.

 

 

De l’air

J’ai de l’air

Le taureau tout à l’heure était à terre des poignards dans les chairs

Lames jalouses qu'enragent le poète affûté avant que son sang ne s'écoule en reflets

De sa dépouille émissaire 

Les trophées de la bête acculée gisant à terre, s’arrachent comme des petits pieds

Maculant sang sable chaud d’un jus de cœur giclant de la curée

 

 

J’ai de l’air

J’ai de l’air

Eloigné des pompes dans le gaz fracturant des schismes par gloutonnerie

Gourmandes du sel de la revanche, de la médiocrité et du piment de la bêtise

Elles mentent comme je respire, mais humant chez moi le mensonge

L’accusation est claire, proférée  par le supplice du miroir

 

 

De l’air

J’ai de l’air

A l’index des haleines à bout de souffle, au large des phalanges désignant le vide

M'éloignant des faiseurs de défaites aux idéaux qui se prélassent

De l’air

J’ai l’air de

Mes airs, et tant mieux.

 

 

 

Cribas 29.04.2017