Toutes mes nuits

Rien ne remplacera le silence qu’elle a laissé. Savoir qu’elle existe est un vrombissement incessant, une entrave à mes jours.

En croisant mon regard le laser de ses iris azur a tracé son filigrane en transparence sur le revers de mes pupilles. Une vision d’elle indélébile recouvre chaque mur, chaque espace, comme l’ombre d’une mire s’étendant sur l’horizon. Je la vois partout et ne la croise nulle part.

Nos routes ne traverseront plus la même ville, et les sentiers détournés ne mèneront plus qu’au désespoir. Même sans vin sur la poésie, les poèmes resteront vains.

L’analyse critique de la raison détériorée se verra assigner un divan, délaissant le tabouret de granit du penseur véhément.

Elle, reprendra son chemin, de clarté retrouvée. La noirceur aura été chassée par impuissance, comme on s’écarte d’un nuage qu’on ne peut dissoudre. Détestant que l’amour s’accoutre d’effort, elle cherchera une nouvelle évidence.

Rien ne remplacera le silence qu’elle a laissé. Savoir qu’elle existe est un vrombissement infini, une entrave à mes nuits.

Les sept merveilles du fou

Comme une étoile sur le fond d’un océan

Je disparais de son planétarium

Echoué dans l’onde où je retourne à mon silence

Je me jonche en flashs de rhum

Les femmes

Dans les profondeurs loin des surfaces impeccables

Tout est pourrissement et vermoulures

Pourriture enfermement,

Tapis souillés de crasses urgentes planqués sous les tables

Les gens

Comme une ronce  venue trop près de sa rose

Je suis chassé, de ses humeurs interdites

Lorsque son élégance, tout en élégance, prend la fuite

Devant le désastre nonchalant de ma prose

L’Amour

Sur le fil du rasoir et de la tronçonneuse

L’homme le chêne la femme et le hêtre

S’empilent sur le rebord d’amours heureuses

Dans l’espoir que l’un vivant chasse l’autre bête

La survie

L’enfant à qui l’on tord la clavicule

Et qui n’a jamais d’épaule pour pleurer

Avalera toutes sortes de pilules

Et sera peut-être beau à résilier

Le détachement

Comme une étoile sur le fond d’un océan

Je disparais de son planétarium

Echoué dans l’onde où je retourne à mon silence

Je me jonche en flashs de rhum

La fin

Plus une scène sur fond vert

L’amour aura fait son temps

Même sans effets spéciaux

Tout décor a son envers

La mort







Cribas 28.06.2024

La haine à l’unisson

Comme des milliers, voire des millions
De gens vivant au 21 ème siècle
Je ressens le vague à  l’âme de l’être
En proie à d’éternelles prédations
Naguère le divin octroyait l’ivresse
Au peuple, et des aventures livresques
Là où je vis tout se livre à la liesse 
Chaque solitude existe as the best     
Déblatérer des sonnets aujourd’hui
Dans un shaker avec des mots futurs
C’est l’envie d’un retour comme on s’enfuit
Dans l’erreur je rêve aux anciennes aurores
Quand les rimes s’enchainaient à l’aube
Remaillant chaque visage pour un jour nouveau
Car bien sûr tout cela sonne faux
L’histoire maquille et remaquille ses forfaits
Des drapeaux rouge aux faux cils
Au bout du fil sans cesse il y a une guerre
Née de l’amour 
D’une fée ou de son enfer
Les guerres de territoire s’exhibent sous la lune
Les frontières marquent à la culotte
Les rixes sont le fruit pourri que mûrissent les lâches
Le désespoir alcoolique se noie pour oublier sa flotte meurtrière
Né de l’amour
D’une fée ou de son enfer
Mort dans la haine
Sur terre à l’unisson

Cribas 13.05.23

Pathétique

Le pathétique, le pathétique, le pathétique

Il faut être salement lucide

Pour ne plus jamais être en empathie

Avec les âmes cathartiques de ce monde

Ou

Dans le fond

Etre dans le fond

Une luciole aux lueurs atroces et lucides

Les vieux ridicules

Se congratulent en mirant leurs ridules

Dans l’onde du reflet de leurs souvenirs communs

Et passant d’un âge à l’autre

Fièrement, aveugles à leurs propres boniments

Ils boivent le même thé                       

Dans la bulle d’à côté

Comme si l’automne

De rien n’été

Le pathétique, le pathétique, le pathétique

Il faut être salement lucide

Pour ne plus jamais être en empathie

Avec les âmes cathartiques de ce monde

Ou

Dans le fond

Etre dans le fond Une luciole aux lueurs atroces et lucides

Les adolescents aux mots fluents

S’en vont vers leur veuve noire

Dévorés par le vide à l’affût d’un autre message fleuve

Ils tâtonnent dans le noir

En quête d’un totem influenceur

Et fièrement tels de vieux arrivistes

Pour le recul et l’histoire aucun regard

Ils  boivent la même boisson

A même la veine du taureau

Comme si la liberté

De Sitting bull

Le pathétique, le pathétique, le pathétique

Il faut être salement lucide

Pour ne plus jamais être en empathie

Avec les âmes cathartiques de ce monde

Ou

Dans le fond

Etre dans le fond

Une luciole aux lueurs atroces et lucides

Les enfants ces montres de cire

Se dégagent avec force

Et grand peine de leur moule

La mèche allumée les fera pâlir

Lorsque la nuit sur leur écorce        

Eblouira parmi la foule

La bougie de leurs souvenirs

Un jour le passé fera place au futur

Et dans ces jours cathédrale

Nous sommes vieux et ridicules.

Le pathétique, le pathétique, le pathétique

Il faut être salement lucide

Pour ne plus jamais être en empathie

Avec les âmes cathartiques de ce monde

Ou

Dans le fond

Etre dans le fond

Une luciole aux lueurs atroces et lucides

Cribas 23.04.2023

Négoce de radeaux

Alors que le temps file

Et que sa bobine cynique traverse le chas de mon verbe pointu

Je rôde, absent servile, sur les canaux

De l’or en poudre me tombe des sourcils

J’ai du bleu aussi            

Dans le sang

Et j’ai de l’or dans les doigts, et je tire sur la corde des fourneaux

Et j’ai de la corne sous les phalanges

Toute la beauté je m’en arrange

Le radeau tangue sous mes statues, mais dans son sillage

C’est le monde entier qui se noie

Dans un râle

Abattu, transmuté

Tel l’oiseau liberté autrefois,

Bleu du plomb dans l’aile aujourd’hui

On peut tout dire tout faire

Même mourir a son choix

Alors que le temps file

Et que les vers scintillent dans l’obscurité

Loin des temples qui brillent de mille médias

A toute vitesse

Loin des champs basses fréquences de l’obscurantisme

Où paissent les peuples magnétisés

Alors que le temps file

Et que les aiguilles perdent le nord

Les girouettes sifflent dans tous les sens

Pour avoir raison                   

Une dernière fois encore.

Cribas 16.04.2023