Dans le silence d’un appartement où règne le vide, dans celui de votre chambre, quelque soit l’ombre qui rôde sur les murs, c’est la vôtre. Etendez de tout son long, votre humeur. Et laissez parcourir dans le volume de l’atmosphère pesante, l’absolu du cri animal.
Le design des vieilles blessures s’accorde avec le vin. Les volutes des souffles paresseux sont un souvenir divin sur le pochoir des psychédélismes. Le haschich délivre des poètes en herbe.
L’héroïne du courage désinhibe les naufragés.
Les lueurs en détresse jettent à la rue.
Dans la boite à gants de la bagnole garée, un pochon caché glisse vers la poche déglinguée.
J’ai compris que l’ivresse, avant tout le reste :
Mon âme d’enfant était si diffuse, sur les toits, dans les rues, sur les trottoirs abrupts ensuite des grandes villes, mes armes furent brusques.
J’ai continué à lire des poèmes pourtant, comme on cherche à mettre un lézard en cage, l’enfant.
Comme on se réveille pour demander l’heure à l’étoile, à l’horloge, à l’oiseau.
Enfin j’imagine être toujours comme le rêve, ivre.
J’ai suivi mon karma, un peu comme on raccroche les wagons.
J’ai appris plus tard le train-train de la vie.
Le règne du poète se morfond dans la vase de ses contemporaines.
Et la contemplation s’enfonce dans l’arène, temple d’airain et des reines.
Tout est là, c’est l’unique question
Et la réponse du temps
Et la réponse du temps
Et la réponse du temps
Et la réponse du temps
Cribas 11.04.2026
Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »
Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris (Petits Poèmes en Prose), 1869