Marginal

 

 

Je suis l’homme qu’on déteste, l’être infâme hilare de ses fragilités. Sans que l’on puisse m’abattre, on m’accuse de propager la peste. Je file dans les couloirs des métros des immeubles, l’âme leste.

Mon regard ne croise plus les entités qui me zestent. Je ne suis pas le roi du monde qu’on flatte sur l’affiche. Ni le seigneur en friche d’un immonde désespoir.

 

Je suis l’homme solitaire, la pomme tombée près de la pomme. L’enfant sans gloires, la somme de mes stigmates d’homme.

 

Je brave le jet de ma propre création en cherchant à me sidérer, tant rien en ce monde n’opère de frictions salutaires à la guérison de mon âme.

Mes personnages récréations se jettent surmoi.

 

Je suis l’homme dont on dit, à moitié étourdie, que tous ses émois sont ourdis.

 

Je suis précis dans tous les sens, paressant soudainement au détour d’une vive apparition. Je suis le mensonge ou la peur, le doute qui s’instille, le pollen ou le pistil.

 

Je suis un puits d’humanité et son contraire, puisé dans les méandres asséchés des absents éternels.

Je suis un pin’s sur la boutonnière des poètes errants. Une urne flambant neuve posée sur la cheminée, glaçant les enfers lorsque je plonge mon regard pernicieux au millimètre sur ses entrailles.

Je suis le bandeau de suie entourant mon front suant, un tissu de messages, un ruban qui claque.

 

Je suis l’écritoire sauvage agenouillé devant sa machine à prière. Mécanique magique. Un homme autrefois, devenu crapaud de granit obéissant à sa baguette.

 

 

Sans bien plus que cette tente étirée au maximum sous le pont lambda d’une ville comme une autre, je construis l’héritage de ma pensée destinée aux oubliettes de votre château.

Je vous observe mendiants, quémandant toutes vos pitances.

Incapables de liberté vous ne jurez que par elle, sans oublier pour l’œil scrutant la cité, de l’habiller de mille singeries rassemblées en gestes squelettes. Répétitions mimétiques de l’indigence de l’entendement, de l’opinion et du sentiment.

Pourtant je me sens si proche de vous parfois, lorsqu’au milieu de la foule je ne suis plus qu’une virgule invisible sur le ralenti de vos slaloms. Je me souviens vaguement que mon existence avait même un jour été la votre.

 

Les pièces de théâtre durant toute une vie m’intriguent. Disant cela je m’aperçois que j’ai perdu le fil de mes actes.

 

Cribas 03.10.2026

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