J’ai traversé ma vie sans une seule existence et pourtant le miroir est resté intact, à deux trois reflets près.
Des tonnes de feuillets pleins de ratures enjolivent mes visions périphériques.
J’ai peu aimé. J’ai pu détester.
Ma rage victorieuse, comme prévu, prend aujourd’hui un tournant philosophique et comptable.
Je compte mes nuits un livre à la main, en roulant sous la table.
Ma poésie était musique, ignorante, et rupture comme le sont les plus belles fables.
Je n’ai rien vécu d’autre que traverser ma vie. La désambition n’a jamais été un cheval de Troie, c’est depuis le début mon leitmotiv, ma profession de foie.
Dans les limbes alcooliques de la lymphe maternelle déjà, je tournais de l’œil à la vue d’un nombril.
Je n’ai jamais joué comme le font les enfants, dès le départ j’étais mon propre jeu de l’ego.
Je suis là où je veux quand je veux. Ma naissance fut pourpre et douloureuse. Je me souviens avoir ri, d’être né violet en flanquant une peur bleue cyanosée à ma génitrice vêlant.
Mes élans viennent de là, je cherche sans fin la veine lente dans laquelle m’insuffler n’importe quoi, pourvu que ce soit un signe d’existence.
Je suis rigide ou la pierre, frigide ou le marbre. Bref, je cherche la veine.
J’ai eu de la chance de tomber de l’œuf depuis cette cascade. J’aime le sel de ma vie, l’air corrodé que j’insuffle. Je rouille du même barbelé qu’autour de la résidence principale de Satan.
Ma folie est une plantation dans le ciment qui écarte tous les promoteurs de destin.
Je suis ma propre coagulation, mon unique évidence.
Je parsème ma vie de mystères en mots d’ombre, où mes lettres s’insèrent dans les combles des maux.
Je suis l’émissaire de la folie, l’arbitre libre et futile, je suis la déraison par principe métastasant la rébellion.
Cribas 19.09.2026
Oeil vitriolé du poète qui fait blêmir d’envie l’étincelle.