Qui suis-je...

            

En fait un enfant d’un enfant d’un enfant enfermé et en faction en face de l’enfeu de l’enfer enfilé de génération en génération générées par un génome sans gêne et génial qui est allé jusqu’à habiller mon génotype de singe jamais assagi plutôt sapajou que soupe au lait siégeant sur des monceaux de jarrets frais taillés dans le vif en les sauçant avec des feuilles de sauge.

 

Qui suis-je en singe en synergie avec ma double fonction automatique qui consiste à me libérer de la question contraignante toubib or i’m goupil lorsque ma queue me gêne et que dans ma course biaisée elle renverse de beaux objets obséquieusement loués à la poussière qu’un jour de lune ou pas je serai forcément ?

 

Neandertal ou pas, le sanglier est soluble dans sapiens. Né un jour d’octobre, que la pluie précisait en gorgeant d’eau le carton spongieux et difforme de quelques calendriers, datant des calendes* grecques et oubliés là ou jetés au hasard du trottoir d’un vide-poche, j’ai regardé le vide autour de moi pour la énième fois, je crois, peut-être. A ne pas ignorer que les sacs poubelle ne sont pas faits de latex, on oublie qu’ils n'en sont pas pour autant, faits pour les chiens.

 

Qui suis-je ainsi né et préservant donc en moi un secret de polichinelle crétin qui a depuis fort longtemps scié consciencieusement tous les barreaux de l’échelle gravie, d’un air grave, et ravi maintenant que l’inaccessible inconnu ne puisse plus jamais être défriché, assailli.

 

Que deviennent les enfants à l’âme polissonne interdite, les enfants sagement assis par la peur et qui bouillonnent de rage à l’idée d’avaler du lait du lait du lait. Qu’on laisse macérer dans cet ennui mortel, par bêtise et bonne conscience. Que font-ils puisqu’on les nourrit, et qu’ils croissent tout de même, à défaut de se faufiler dans la roublardise guimauve et gamine en se laissant aller à croasser. Qu’interrogent-ils ? Parfois ils ne pleurent pas, même en cachette. Mille sanglots grelottent dans le silence de ce qui deviendra plus tard, à coup sûr, une tête de pioche.

Ils s’injectent de la colère dans les veines, apprennent à faire bonne figure, mais celui qui sait voir baissera les yeux devant ce regard sang bleuté, en fait d’un enfant d’un enfant en faction devant les portes de l’enfer. C’est attirant.

 

Qui suis-je à ne rien singer que moi-même ? Ce n’est pas évident. La réponse est dans la question, que cette dernière repose à l’infini sans épuisement. Un enfant c’est fait pour tenir une épuisette à bout de bras, pas pour être le crabe qu’on achèvera en lui arrachant les pattes, (patapinces…patapinces...sans rire pataquès que t’as contre les mots d’enfants ?...hem Pardon !) sinon marcher dans le sable ça devient se torturer dans la boue.

Ce n’est pas moi qui le dis. C’est cette satanée fonction automatique qui consiste à éviter de faire le constat de ma médiocrité en rejetant la faute sur un accident de parcours dont je serais la victime, d’abord, puis plus tard, à rejeter la faute sur ma nature (humanoïdale : sinusoïdes positives humaines, et négatives simiesques), la première excuse s’étant émoussée avec le temps.

 

Mais quand même, qui suis-je en singe incinéré, et surtout, ainsi narré ?

Qui suis-je en homme ainsi taré ? Déboulonné, aussi taré…

J’en pèse encore le vice dans le sens inverse des aiguilles à me tricoter une histoire. Pas parce que je le vaux bien, non, mais simplement parce que j’ai appuyé là où ça fait mal, sur le bouton rouge qui nous passe en mode manuel ; prédateur plutôt que proie du mensonge.

 

Qui suis-je ? Peut-être que finalement cela m’importe peu. Soit parce que je le sais, soit parce que j’ai posé un lapin de maître à cette question qui s’est écoulée si longtemps sur ces pages blanche et ces claviers que je ne connais toujours pas sur le bout des doigts.

 

J’apprends par cœur

Maintenant

Et même en noir et blanc

J’avale des couleurs

Approximativement.

Et même encore

Je mens

J’apprends par cœur et par vent

Et je le vends

Mon cœur

Mon petit cœur tu vois je te mens

Et ma tête je l’évente

Et nos âmes je les invente

Et ta peur tu me la donnes

Je la prends je l’abrite

Si tu me la reprends

Je te la rends

Chargée de la stupeur de son mythe

Vois ce regard qui ne pleure pas

Tu peux encore fuir

Ou devenir ses larmes

Qui suis-je un chimpanzé

Où vais-je un homme armé à moindre frais

Faut la voir l’étagère rouillée

Que supplante la photo de ce regard à douilles

C’était déjà un chasseur

En chien de fusil, certes

Mais un chasseur ne sachant pas chasser à couvert

N’est que la proie de la chasseuse

Et ta tête je l’imagine

Et mon âme je la brûle

J’en fais des confettis d’art brut

Et ma tête je la flambe

Que mes deux hémisphères

En petites briquettes

Allument des barbecues sous toutes les latitudes

Et qui suis-je prenez donc mon encre aussi

Versez-la sur les cendres

Noire et blanche brèche

Un peu de rouge sur la braise

Ça me fera un caillou tout chaud dans la caboche

Que sais-je encore un train de folie

Peut-être en cacher un autre

C’est ça devenir raisonnable

Et je les vends maintenant

Les places en première classe

Pas les autres, celles qui puent encore le tabac sans la clim’

J’aime les derniers, les va-nu-pieds

Ils voyagent en seconde car ils ont encore la notion du temps

Faut renverser les fourgons blindés sur le côté

Pour la poésie que sais-je qui suis-je

Et le doux frou-frou, en fait le vent

Bien moins débile que les billets qu’il laissera s’échapper

Virevolte bifton

Le vent de la poésie est ton ami

Qui est-il ?

Qu’en sais-je savamment !

Parle parle parle

On est à l’écoutille

Ça nous manque les rumeurs les vagues sont si lisses

On veut de l’orage amer

De la houle organique

Juste sur le visage

Un peu de ces algues venues du fond

Pour le frisson

Comme la queue gonflée à l’hélium d’un chat joueur

Gaz hilarant

Que sait-on des gens tristes

Si on ne les présente pas nez à nez à un chat violoniste

Et les fourmis dans les jambes

Et les chaussures de marcheurs qui ne marchent plus

Et les vipères tiens

Que sait-on des vipères que sais-je encore

Si on n’écoute pas battre le chœur secret de leurs opérations coup de poing

Toujours le même refrain, mais qui suis-je la musique

 

Sapiens ou sapiens pas ?

Neandertal ou pas, le potage à la limace est soluble ailleurs que dans le sang du chimpanzé séché qui trône sur la poutre du voisin. J’aime léviter au dessus de l’éventail, de l’assiette, des proverbes un peu trop gros comme une baraque parfois.

 

Qui suis-je que sais-je encore où vais-je à mon enterrement

Penser à se munir de fourmis, de vers de terre, de vers aussi, le tout en vente libre à la conciergerie automatique du cimetière fumant, ainsi la réponse sera enfin moins fumeuse que la question :

 

Qui ne suis-je plus…

A débattre dans le temps imparti.

 

 

 

Cribas 25.10.2011





 

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