Sérieusement pour rire

                  








Ce n’est pas parce qu’un rêve lancinant, déjà chancelant, s’est jeté depuis la proue en dessinant un effroyable saut de l’ange, que le navire a renoncé à naviguer.

Le capitaine a d’autres chats à disséquer, d’autres chattes à fouetter, d’autres fils à tresser, d’autres filles à dresser.

L’autre a laissé, avant de sauter, une vieille chute de corde effilochée, là à l’abandon, comme un vieux rêve à la traîne ayant promis de ne pas se perdre grâce à un parcours de petit poucet menant au dernier emplacement connu de l’ancre sévère. (Respire)

L’amour plane sur ta vie. Te filoche. Amour cerbère.

Avez-vous déjà oublié un sac de billes, en haut d’une colline ?

Et une seule ? Une seule bille ?

Une seule bille qui roule avec gravité, et comme dans le célèbre mythe, s’acharne à te démonter la vie avec infini.

Là-haut sur la cime, tout en haut de la montagne, cette fumée qui fait des signes, c’est l’amour.

 

Il faut y remonter après chaque dégringolade. Cette bille qui roule en bas, quelle rigolade. Le fou rire. Le rire fou de la lucidité qui se sait incapable de compromission. Le rire qui tue, mais qui fait du bien à la folie.

 

Ce n’est pas parce qu’un rêve part à la dérive, et patati, et patata...et boom.

Regarde la mer. La mer qui te regarde. Toute cette eau rit jaune en toi. Tût...tût...tût.

C’est encore loin l’horizon ? Que celui qui n’a jamais rêvé de marcher sur l’eau se jette un pardessus ; ciré jaune.

Ce n’est pas parce que l’on voit en l’air, voler toutes ces vestes d’amour, qu’il faut tout balancer par dessus bord, pire, contre un mur de vagues.

 

Même si c’est vague, au début il y a le verbe aimer. Aimer est un verbe du premier groupe, mais aimer éteint la grande gueule de tous les groupes. Aimer c’est vague. Et même les grands méchants, les grands méchants loups et autres animaux apathiques, peuvent se faire retourner par ses lames de fond. Ses lames de cutter.

Ses larmes de crocodile, jamais. Ça c’est l’alarme de l’amour qui n’a pas sonné.

Ô Amour ?!

Oui ..?

On ne t’a pas sonné !

 

L’amour, l’amour, l’amour, elles n’ont que ce mot-là à la louche. Aimer multiplie l’amour. L’amour s’additionne aux factions roses et ainsi soi-disant fractionne les sinistroses en soustrayant des sites roses les jeunes amours encore allaitées aux trayeuses à miel manuelles.

Le vingt et unième siècle sera celui de la poésie ou...de l’amour aux parloirs avec barreaux des sites pornos.

Pédalage in-vitro. L’amour loin des erratums dans les lignes soûlantes des messes ex cathedra.

 

Mais qui sont-elles, ces amoureuses aux mille malheurs, et qui sont-ils, ces hommes heureux, voire malheureux. Pour le bonheur, voir à la page du mâle heureux. Pour la bonne gueuse, voir à la page sans majuscules.

 

Ce n’est pas parce qu’aimer rend aveugle qu’il faut supprimer les gosses qui jouent à colin-maillard.

Et ce n’est pas parce que ça rend con, qu’il faut décapiter ceux qui en plus, devenus adultes, y jouent à cloche-pied en riant.

Accroche mes reins... à ta taille, c’est ma main mise qui fend tes soirs. Gavroche ses reins...à sa gouaille, c'est la mamie qui sent la mare. Amoche tes mains...il déraille, c’est son guidon qui tient la barre. Balance ses seins...ils démaillent, c’est la mamie qui sent la poire...

 

C’est bon un peu d’amour. Vive la nougatine, les dentistes et les mariés !

(Vous avez vu tous les points d’exclamations qu’il met ?? C’est un écrivain populaire ?)

 

Avis à toute la populace, vends imprimante comme neuve, légèrement éraillée, synthèse vocale H.S.

 

Ce n’est pas parce qu’on a rêvé d’amour, qu’on ne peut pas changer d’avis et tomber comme on plonge, dans un vieux bac d’huile de friture.

Jeune, il aimait et rêvait d’embrasser ses toux en elle. Elle toussait c’est tout, pour dire je t’aime.

Aujourd’hui visqueux, poisseux comme le temps qui passe, il se noie à la brasse, et se marre comme un poisson dans son aquarium des gueux.

 

Aimer la poésie.

Elle a sur la peau un tatouage de nouvelle génération. C’est un pot de fleurs qui prend racines en elle et dégage son parfum par tous ses pores. Et même pot vieux de fleurs sur sa vieille peau, il la parfumera encore, tant que son amour à elle sera vrai.

Aimer pour la vie. Avis aux cons cachés dans la foule, lacés à la liesse ; Amour à vie, aimer à mort.

 

Il a avalé des seaux de cachets, lorsqu’il était jeune et trop plein déjà, d’amours exsangues pour les communes sangsues. Il ravale aujourd’hui, un peu retiré de la scène, ses colères et crachats. Il regarde sans broncher, de l’eau dans les poumons, de l’air dans les branchies, et l’autre dans un coin, l’autre éteint car il n’y croit plus, sa poésie qui prend forme, son sceau, son cachet.

 

Ce n’est pas parce que le levant fait du soleil avec son ombre, qu’il ne faut pas chercher à colorer son ombre habitée de néant.

Et les belles phrases pour toujours, ça c’est de l’amour à jamais.

Toujours et jamais, des mots de poètes ?

Maintenant et tout de suite, des mots de tristesse.

 

Et ce sac de billes ? Etait-il éventré au moins ? L’une d’entre elles a-t-elle pu s’échapper en roulant ? Et une fois en bas, qu’a-t-elle trouvé ? Rien ? Comme les autres avant elle ?

 

Cette jeune femme est tout de  même charmante, elle a pris la peine de déposer son filet empli de minuscules sphères d’agates translucides sur un lit de mousse, et a permis la libération de ces dernières à l’aide d’un petit coup de ciseaux bien propre.

Charmante et lucide, je vous dis.

Ce n’est pas parce qu’elle ne le voit pas, l’amour qui tarde, qu’elle l’oblitère. C’est ce qu’elle dit, chantonne parfois, les jours de printemps découvrant un peu les rayons d’un soleil absent depuis les beaux chevaliers montés sur ressorts et destriers de l’an dernier.

 

Lui et son cachet. Elle et ses ciseaux. Lui, chevalier presque mais pas comme il faut tout à fait. Elle, et ses ciseaux sur tout ce qui dépasse. Ah, l’amour...

 

Tous les deux sont à croquer, pour vous autres vieux grigous. Vous les dévorez des yeux en cachette avec l’espoir que cela ne s’arrête jamais. Vous savez que cela s’arrête toujours. Et souvent, maintenant et tout de suite.

 

Vous prenez vos cachets, parfois, avec un grand verre de vieille limonade pour vous faire passer le goût ancien qu’avait l’amour jusqu’aux yeux. Vous reprendrez bien une larme de souvenir, dans votre grand bol de café amer ? Aimer l’amer est un goût qui vient avec l’âge. L’âge de ranger Venise parmi les gondoles vagues où la mémoire peine à la prononciation du mot.

Amour.

Toujours.

Jamais.

Ici ?

Maintenant ?

 

Maintenant on ferme les yeux, on ouvre son cœur, et on écoute le silence.

 

 

 

Il n’ira jamais c’est son choix

Sur le chemin du paradis

Et même lorsqu’elle aura froid

Il sera un roi loin d’ici

 

En amour ainsi qu’en tendresse

Elle choisira la solitude

Dans ses rêves, lui plein d’adresse

Reviendra vers elle plus rude

 

On est loin des amours en laisse

Sonnant pour elle peu rudesse

Le préférant du nord au sud

 

L’imaginant porté en liesse

Tel un héros de la noblesse

Elle tance les amours non prudes

 

 

(Aimer est un verbe. L’amour un choix. Cela peut être beau, ou con, comme un poème.

Voici la preuve que j‘aime mes lecteurs. La preuve que nous attendions. Je vous laisse le choix.)

 

 

 

 

 

 

 

Cribas 17.02.2013





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